Une nouvelle imagerie pour améliorer le diagnostic et le traitement du glioblastome

Le Dr Francesca Branzoli dirige un groupe de travail dédié à l’imagerie des tumeurs cérébrales à l’Institut du cerveau (ICM). Son projet, soutenu par l’ARTC, utilise une nouvelle technique d’IRM appelée imagerie métabolique au deutérium (DMI).

Quel est l’objectif de votre projet de recherche ?

Le glioblastome produit l’énergie, dont il a besoin pour se développer, en métabolisant les sucres par un processus biochimique particulier générant des lactates. Cependant, des recherches récentes ont révélé qu’un sous-groupe minoritaire de glioblastomes utilise une voie métabolique différente, dépendante des mitochondries. Les mitochondries sont des structures intracellulaires capables de produire de l’énergie. Cette caractéristique pourrait rendre ces tumeurs plus sensibles à des traitements spécifiques qui cibleraient la fonction mitochondriale. Il est donc important d’identifier précocement ces glioblastomes particuliers.

Comment allez-vous procéder ?

Pour atteindre cet objectif, notre équipe a mis au point une nouvelle technique basée sur l’IRM, connue sous le nom d’imagerie métabolique au deutérium (DMI), pour étudier de façon non invasive le métabolisme des glioblastomes. Cette méthode innovante est dite « non invasive » car elle permet d’étudier le métabolisme des tumeurs sans avoir recours à la chirurgie pour recueillir du tissu tumoral.

En quoi consiste cette nouvelle IRM ? Le DMI consiste à faire boire aux patients une solution sucrée totalement inoffensive. Une fois diffusé dans l’organisme, le sucre va être capté préférentiellement dans la tumeur, car les cellules tumorales ont un métabolisme plus rapide que les tissus sains. La tumeur va ensuite transformer le sucre en énergie, et l’imagerie par IRM avancée va permettre de suivre ce processus. En analysant la façon dont la tumeur métabolise le sucre, le DMI permettra de déterminer si elle s’appuie davantage sur les mitochondries, ce qui entraîne un niveau plus élevé des acides aminés tels que la glutamine et le glutamate, ou si elle suit la voie métabolique classique, ce qui se traduit par un niveau plus élevé de lactate, comme le montre la figure :

Après avoir été consommé, le sucre s’accumule dans la tumeur et est converti en lactate (ce qui reflète un métabolisme classique) ou en glutamine/glutamate (ce qui reflète un métabolisme mitochondrial), selon le sous-type de la tumeur. Cela permet une classification précoce de la tumeur en fonction du métabolisme du sucre utilisé.

Par ailleurs, nous utiliserons une IRM très puissante de 7 Tesla (unité de mesure des champs magnétiques) récemment acquise à l’ICM, qui améliorera considérablement la précision de cette technique d’imagerie.

Quelles sont les perspectives ?

Le DMI pourrait permettre une détection plus précoce des sous-types de glioblastome et un traitement plus personnalisé et efficace basé sur le métabolisme de la tumeur. Il contribuerait également à un meilleur suivi de la réponse au traitement au fil du temps.

Un rôle des pesticides dans le glioblastome

Le projet CERVO, intitulé « Cancérogenèse et résistance aux traitements après exposition à des pesticides utilisés en viticulture dans les glioblastomes » et porté par Augustin Le Naour et l’équipe RADOPT du Centre de recherches en cancérologie de Toulouse, a reçu en 2024 un soutien de l’ARTC.

Pourquoi s’intéresser aux pesticides ?

Des facteurs environnementaux, tels que l’exposition aux pesticides, pourraient jouer un rôle dans l’apparition des glioblastomes. En 2021, une expertise collective menée par l’INSERM a mis en évidence un lien entre l’exposition aux pesticides et une augmentation du risque de développer un gliome, un type de tumeur cérébrale dont fait partie le glioblastome. Ce risque concerne aussi bien les enfants que les adultes, notamment les personnes travaillant dans l’agriculture ou vivant à proximité de zones d’épandage.

Les pesticides pourraient également interférer avec l’efficacité des traitements contre le glioblastome ?

En effet, au-delà de leur implication dans l’apparition des cancers, les pesticides pourraient également modifier la réponse des tumeurs aux traitements, en favorisant des mécanismes de résistance. Cela signifie que les cellules tumorales exposées aux pesticides pourraient être moins sensibles à la radiothérapie et à la chimiothérapie. Jusqu’à présent, aucune étude n’a ciblé précisément l’impact des pesticides dans la résistance des glioblastomes aux traitements standards. Or, comprendre ces mécanismes est essentiel pour améliorer la prise en charge des patients et proposer des traitements plus adaptés.

Comment allez-vous conduire votre recherche ?

Notre étude vise à analyser, en laboratoire, comment les pesticides peuvent influencer le développement et la résistance des cellules tumorales du glioblastome. Pour cela, nous allons :

  • exposer des cellules saines du cerveau et des cellules tumorales à des mélanges de pesticides représentatifs de ceux utilisés en viticulture ;
  • observer les effets toxiques de ces pesticides sur les cellules saines, notamment leur capacité à favoriser la transformation en cellules cancéreuses ;
  • tester si les cellules tumorales exposées aux pesticides réagissent différemment aux traitements standards associant la chimiothérapie (témozolomide) et la radiothérapie ;
  • identifier les mécanismes de résistance mis en place par les cellules tumorales exposées aux pesticides.

Quelles retombées pourrait-on attendre ?

Si nous parvenions à identifier des biomarqueurs d’exposition aux pesticides et de résistance aux traitements, il serait possible à l’avenir de mieux anticiper la réponse d’un patient au traitement standard. Cela pourrait ouvrir la voie à une médecine plus personnalisée, où les patients exposés aux pesticides pourraient bénéficier d’un traitement ajusté dès le départ, augmentant ainsi leurs chances de survie. Enfin, cette étude pourrait permettre d’explorer de nouvelles stratégies thérapeutiques en testant des molécules capables de contourner les mécanismes de résistance identifiés. Ce serait une avancée majeure dans la lutte contre cette maladie. Cette recherche constitue une première dans l’étude de l’impact des pesticides sur la réponse des glioblastomes aux traitements.

Hypothèses : l’exposition de cellules saines neurales à des pesticides entraine leur transformation en cellules tumorales. Ces cellules tumorales, exposées aux pesticides, résistent plus aux traitements par radiothérapie et chimiothérapie.

Les projets retenus pour financement 2024-2025

L’ARTC soutiendra financièrement, en 2025, neuf projets de recherche évalués par son conseil scientifique pour un total de 220 k€. Ces projets seront menés par des équipes de Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Rouen, et parrainés par les délégations régionales et le fonds Thomas Berthy. L’ARTC tient à poursuivre son soutien aux projets nationaux de l’ANOCEF (Association des neuro-oncologues d’expression française, société savante de neuro-oncologie) et du GOPA (réseau national des laboratoires de neuro-oncologie) en finançant deux de leurs projets structurants. L’association financera, également en 2025, deux bourses de fellowship de 23 k€ chacune pour les Dr José Angel Escamilla et Dr Anh Tu Do (dispositif qui consiste à offrir une formation à de jeunes cliniciens chercheurs étrangers).

Les projets retenus pour financement 2024-2025

Christophe Heinrich : Forcer la différenciation des cellules de glioblastomes en neurones post-mitotiques (Lyon).
Océane Martin : Caractériser le rôle des microbiotes bactériens dans la croissance et la résistance thérapeutique du glioblastome (Bordeaux).
Francesca Branzoli : Évaluation non invasive de métabolisme du glioblastome, par imagerie métabolique au deuterium sur IRM 7T (Paris).
Karim Labreche : Androcur et développement de méningiomes : une étude d’association génotype-environnement (Paris).
Emmanuelle Huillard et Hélène Castel : Modèles cérébroïdes pour la modélisation des étapes précoces de la gliomagenèse (Paris et Rouen pour le GOPA).
François Ducray : Améliorer le grading des oligodendrogliomes, une étude ANOCEF.
Augustin Le Naour : Cancérogenèse et résistance aux traitements après exposition à des pesticides utilisés en viticulture dans les glioblastomes (Toulouse).
Ahmad Sharanek : Explorer et cibler le rôle non conventionnel des transporteurs de monocarboxylates dans le glioblastome (Bordeaux).
Nébéwia Griffete : Améliorer le diagnostic du cancer du cerveau en augmentant le contraste en IRM (Paris).

GlioTex, projet de l’ARTC, reçoit du renfort des institutions académiques

L’équipe GlioTex, coordonnée par le Pr Idbaih et le Dr Verreault, a remporté cette année deux appels à financement venant l’un du ministère de la Santé et l’autre de l’ICM (Institut du cerveau), pour un montant total de 600 k€, afin de poursuivre ses recherches sur le rôle des hormones comme cible pour le traitement du glioblastome. L’ARTC accompagne GlioTex, centré sur la recherche thérapeutique contre le glioblastome depuis 2016, avec un soutien financier de 250 K€ en 2024. L’ARTC joue pleinement son rôle d’incubateur pour permettre à des projets novateurs de faire leurs preuves de concept, avant d’être relayés par des financements institutionnels importants. Bravo à l’équipe de GlioTex et aux docteurs Cristina Birzu et Elly Chaskis qui poursuivent leurs recherches.

[siteorigin_widget class= »Alg_Back_Button_WP_Widget »][/siteorigin_widget]

Comprendre la résistance du glioblastome aux champs électriques pour améliorer leur efficacité – Interview de Pauline DESHORS

Pauline Deshors est une jeune chercheuse dans l’équipe RADOPT (optimisation de la radiothérapie) du Centre de recherche en cancérologie de Toulouse. Son projet de recherche a reçu un soutien de l’ARTC. Elle le décrit.

Quel est le sujet de votre projet de recherche ?

Le traitement des glioblastomes repose sur la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie, et plus récemment, sur une nouvelle méthode appelée TTF (en anglais Tumor Treating Fields). Ce traitement utilise les champs électriques pour perturber la multiplication des cellules cancéreuses en altérant certaines fonctions biologiques qui leurs sont essentielles. Bien que les TTF aient amélioré le pronostic de la maladie, les glioblastomes sont sujets à des récidives, ce qui met en évidence l’existence de mécanismes de résistance à ce traitement. Notre projet s’intéresse à un mécanisme particulier de résistance aux TTF.

Quelles sont vos hypothèses ?

Nous pensons que cette résistance est due à la présence, au sein de la tumeur, d’une population spécifique de cellules appelées « cellules souches de glioblastome » (CSG). Ces cellules sont particulièrement résistantes et agressives, et leur survie dépend fortement des communications qu’elles établissent avec leur environnement. En effet, les CSG produisent et libèrent des molécules, appelées cytokines, qui leur permettent de dialoguer avec les cellules voisines et de créer un environnement favorable à leur survie.
L’objectif de notre projet est d’identifier, parmi les centaines de cytokines produites après traitement par les cellules souches CSG, les cytokines qui sont impliquées dans la résistance au traitement par champs électriques. Elles pourraient être de nouvelles cibles thérapeutiques pour contrer la résistance aux champs électriques.

Quelles perspectives pratiques pourraient ouvrir vos découvertes ?

L’équipe RADOPT, du Centre de recherche en cancérologie de Toulouse dans lequel est réalisé ce projet, est spécialisée dans la recherche translationnelle, c’est-à-dire le transfert des découvertes scientifiques du laboratoire vers des applications cliniques.
Ce projet, permettant d’identifier de nouvelles molécules impliquées dans la résistance aux champs électriques, devrait développer des traitements qui pourraient vaincre cette résistance et s’associer au protocole de traitement standard des patients atteints de glioblastome. Et grâce à notre expertise, nous pourrions par la suite envisager des essais cliniques qui seraient menés à l’Institut universitaire du cancer de Toulouse-Oncopole.

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à l’ARTC pour son soutien précieux à nos recherches.

[siteorigin_widget class= »Alg_Back_Button_WP_Widget »][/siteorigin_widget]

Le projet GRECO – Interview du Pr Georges NOEL

Le professeur Georges Noël est oncologue radiothérapeute, chef de Pôle à l’ICANS (Institut de cancérologie Strasbourg Europe). Son projet de recherche GRECO a obtenu un soutien financier de l’ARTC. Il nous l’explique.

Quel est l’objectif de votre projet de recherche et comment en est née l’idée ?

Chez les personnes atteintes d’un glioblastome, la maladie comme les traitements (chirurgie, radiothérapie) peuvent affecter sérieusement les capacités cognitives (mémoire, attention, raisonnement), comportementales et émotionnelles, et altérer leur qualité de vie.

Les récentes avancées en neurosciences nous apprennent que le cerveau et ses neurones fonctionnent en réseau, avec des régions cérébrales interconnectées par des « voies » bien définies. En imagerie médicale, nous pouvons aujourd’hui visualiser ces connexions et observer les altérations causées par la maladie ou les traitements.

L’objectif de notre étude est de comprendre comment ces modifications dans le cerveau contribuent aux troubles cognitifs des patients atteints d’un glioblastome, pour les prévenir et les rééduquer.

Quelles méthodes allez-vous utiliser ?

Nous allons utiliser une technique d’imagerie, appelée la tractographie, qui permet de bien voir les voies nerveuses de communication dans le cerveau. Nous allons recenser les anomalies chez des patients porteurs d’une tumeur cérébrale traitée et les confronter aux troubles cognitifs des patients. Cela devrait nous permettre d’identifier les altérations responsables des troubles observés.

Les patients faisant partie de l’essai clinique seront étudiés en trois étapes : une évaluation des fonctions supérieures par des tests cognitifs, une imagerie par tractographie pour visualiser les voies de communication dans le cerveau, et ils bénéficieront d’une rééducation orthophonique ciblée pour voir si elle peut favoriser la récupération des fonctions altérées après le traitement et améliorer leur qualité de vie qui sera évaluée grâce à des questionnaires.

L’essai étudiera 24 patients avant et après leur traitement (chirurgie, radiothérapie) sur une période de 12 mois.

Quelles perspectives pratiques pourraient avoir vos découvertes ?

En comprenant mieux les mécanismes impliqués dans les troubles cognitifs des patients souffrant de glioblastome, nous pensons adapter les traitements pour mieux protéger les voies nerveuses sensibles du cerveau, en réduire les séquelles et améliorer la stratégie de rééducation orthophonique et neurocognitive pour une meilleure récupération.

Les équipes de l’ICANS remercient les donateurs de l’ARTC et en particulier de la délégation Alsace pour leur générosité et leur confiance, qui vont leur permettre de progresser.

[siteorigin_widget class= »Alg_Back_Button_WP_Widget »][/siteorigin_widget]

Prédire la résistance à la chimiothérapie et rechercher de nouvelles combinaisons de chimiothérapies pour le traitement du glioblastome – Interview de Lisa SAHLI

Lisa Salhi est doctorante dans l’équipe « Génétique et développement des tumeurs cérébrales » dirigée par le Pr Marc Sanson et Emmanuelle Huillard à l’Institut du cerveau (ICM). Elle étudie les mécanismes de résistance à la chimiothérapie des glioblastomes, en partenariat avec l’équipe « Instabilité des microsatellites et cancer » coordonnée par le Dr Alex Duval au Centre de Recherche Saint-Antoine (CRSA).

Le glioblastome est la tumeur primitive maligne du cerveau la plus fréquente chez l’adulte. Le traitement médical après chirurgie repose sur la radiothérapie et une chimiothérapie appelée témozolomide. Cependant, des rechutes peuvent survenir après une période variable de contrôle de la maladie ; on parle de résistance au traitement. Il faut alors remplacer le témozolomide par une chimiothérapie dite de seconde ligne qui est le plus souvent la lomustine (ou CCNU). Malheureusement, une résistance se rencontre aussi avec ce traitement.

Savons-nous pourquoi les glioblastomes deviennent résistants à certaines chimiothérapies ?

Oui, en partie. Nous savons que les cellules tumorales peuvent fabriquer une protéine telle que la MGMT, impliquée dans la résistance au témozolomide, car elle répare les dommages provoqués par la chimiothérapie dans l’ADN de la tumeur, et diminue donc son efficacité. La recherche au laboratoire a également montré qu’il existait d’autres mécanismes de résistance au témozolomide que les cellules tumorales pouvaient acquérir. En revanche, nous connaissons encore très mal les mécanismes de résistance à d’autres chimiothérapies comme la lomustine.

Quels sont donc les objectifs de ce projet ?

L’objectif de notre projet est de décrire les caractéristiques acquises par les cellules tumorales résistantes à la lomustine pour mieux comprendre les mécanismes spécifiques mis en jeu. Nous sommes aussi à la recherche de nouvelles combinaisons de médicaments pour prévenir et vaincre cette résistance.

Quelle est votre stratégie ?

Nous utilisons des modèles cellulaires (appelés « lignées ») établis à partir de cellules de glioblastomes de patients qui ont été mises en culture et que l’on garde dans des incubateurs avec les nutriments nécessaires pour les maintenir en vie et permettre leur division. Nous avons traité plusieurs de ces modèles provenant de différents patients et pour lesquels nous observons des réponses variées à la lomustine, allant d’une grande sensibilité à une forte résistance. En analysant le génome de ces lignées, nous espérons identifier certaines mutations associées à la résistance à la lomustine. Nous prévoyons aussi de traiter ces cellules tumorales avec une combinaison de chimiothérapies (témozolomide et lomustine) pour voir si la combinaison des deux agents est plus efficace. Ce projet se fait en collaboration avec plusieurs équipes de recherche en France et celui du Dana-Farber Cancer Institute à Boston.

Quelles sont les perspectives et les potentiels impacts de ces travaux ?

Les résultats de ces recherches nous permettraient d’identifier des biomarqueurs qui pourraient prédire de façon individuelle la réponse ou la résistance au traitement par lomustine. Nous pourrons aussi proposer des combinaisons innovantes de traitements qui pourraient être plus efficaces dans certaines situations.

[siteorigin_widget class= »Alg_Back_Button_WP_Widget »][/siteorigin_widget]

Les hormones, une cible pour le traitement du glioblastome – Interview de Cristina BIRZU

Cristina Birzu est neuro-oncologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Ancienne boursière de l’ARTC, elle étudie le rôle des hormones dans le développement du glioblastome, dans le cadre d’un doctorat en sciences au sein de l’équipe GlioTex et sous la direction du Pr Ahmed Idbaih à l’ICM.

D’où vient l’idée que les hormones ont un rôle dans le développement du glioblastome ?

Certaines études montrent que les hommes sont plus fréquemment touchés que les femmes, avec un risque deux fois supérieur. Par ailleurs, on note que leur espérance de vie est statistiquement moins bonne et qu’ils répondent moins bien aux traitements.

Notre projet part de l’hypothèse que les androgènes (les hormones sexuelles masculines) favoriseraient la croissance tumorale. Ceci est corroboré par la présence de récepteurs aux androgènes situés à la surface des cellules de glioblastome (découverte récente) et des cellules immunitaires associées à la tumeur.

Comment agiraient ces hormones ?

Les androgènes agiraient directement sur la cellule tumorale en stimulant sa prolifération, mais aussi en diminuant les défenses immunitaires dirigées contre la tumeur aussi bien dans le cerveau que dans le reste de l’organisme.

Quel est votre projet ?

Au laboratoire, nous essayons de comprendre les mécanismes par lesquels les androgènes favoriseraient la résistance aux traitements des glioblastomes, telle que la chimiothérapie par le témozolomide. Nous étudions aussi comment les androgènes induiraient une baisse de l’immunité antitumorale. Nous utilisons, pour nos recherches, différents modèles expérimentaux : des cellules de glioblastome maintenues en culture dans des boîtes et des souris conçues pour disposer d’un système immunitaire fonctionnel ou pas. Nous administrons des hormonothérapies déjà validées dans la pratique clinique, et essayons de comprendre comment la modulation des hormones pourrait influencer le développement du glioblastome et la réponse aux traitements.

Quelles implications pratiques peut-on espérer ?

Si nous confirmons nos hypothèses, nos résultats pourraient conduire à un essai clinique, ciblant les androgènes et visant à améliorer l’efficacité de la chimiothérapie et de l’immunothérapie chez les patients atteints d’un glioblastome.

[siteorigin_widget class= »Alg_Back_Button_WP_Widget »][/siteorigin_widget]

GLIOTEX un projet Phare de l’ARTC – Interview du Pr Ahmed IDBAIH et Dr Maïté VERREAULT

GlioTex (GLIOblastome et Thérapies EXpéri-mentales), dédié à la recherche thérapeutique sur le glioblastome, est un projet phare de l’ARTC qui le soutient depuis sa création il y a douze ans. Le Dr Maïté Verreault, cheffe de projet de GlioTex, et le Pr Ahmed Idbaih, co-créateur du projet avec le Pr Jean-Yves Delattre, en font un premier bilan.

Pouvez-vous nous rappeler la genèse du projet ?

Le projet GlioTex est né du constat que les avancées dans le traitement du glioblastome, la tumeur cérébrale maligne la plus fréquente, demeurent très lentes au regard des progrès considérables réalisés dans leur connaissance biologique. En effet, il faut généralement plus d’une dizaine d’années avant qu’un nouveau médicament issu de la recherche puisse être proposé aux patients dans un essai clinique. Nous considérions qu’il fallait se donner les moyens d’accélérer le passage des découvertes du laboratoire au lit du patient. En pratique, il s’agissait d’augmenter notre capacité à réaliser des études précliniques pour identifier rapidement les médicaments les plus prometteurs pour être évalués prioritairement dans les essais cliniques.

Quelles sont les raisons de cette lenteur des progrès dans le traitement du glioblastome ?

Les traitements possiblement actifs contre le glioblastome issus de la recherche fondamentale ou déjà utilisés dans d’autres maladies ne manquent pourtant pas. Encore faut-il avoir le temps et les moyens de les tester tous, et de façon adéquate et approfondie, avant de les proposer aux patients. Une des difficultés réside dans la faible pertinence de nombreux modèles de laboratoire utilisés en recherche dite préclinique pour tester l’efficacité des traitements sur le glioblastome. En effet, beaucoup de chercheurs travaillent avec des cellules de glioblastome cultivées dans des conditions très éloignées du contexte biologique de la maladie. Ceci explique pourquoi les effets thérapeutiques positifs observés au cours de leurs travaux sur ces cellules sont rarement confirmés une fois testés chez les patients. De plus, la relative rareté de la maladie par rapport à d’autres cancers n’incite pas l’industrie pharmaceutique à s’y impliquer massivement pour le développement de médicaments, compte tenu du retour sur investissement attendu. Enfin, peu d’équipes académiques dans le monde s’intéressent spécifiquement et totalement à la recherche thérapeutique préclinique centrée sur le glioblastome.

Comment s’est constitué le projet GlioTex ?

Le projet GlioTex a pour but, d’une part, de créer une plateforme technologique de pointe associée à une solide expertise scientifique en recherche préclinique dédiée aux tumeurs cérébrales, qui soit une vraie force de frappe pour découvrir et évaluer rapidement de nouveaux traitements ; et d’autre part, de générer de nouveaux modèles de laboratoire plus représentatifs de cette maladie pour la recherche thérapeutique. Il fallait donc un lieu,
une équipe et des moyens pour mener à bien ce projet. Pour le lieu, nous avons eu la chance de pouvoir intégrer l’Institut du cerveau, deuxième centre mondial pour la recherche en neurosciences, qui était le cadre idéal pour héberger cette initiative ambitieuse. Il dispose en effet d’un environnement technologique et scientifique exceptionnel. En outre, il réside au sein de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, occupant une place centrale entre recherche fondamentale et recherche clinique, pour faciliter les interactions entre cliniciens et chercheurs. Pour l’équipe, nous avons pu compter sur le savoir-faire et l’efficacité de Maïté Verreault, chercheuse et cheffe de projet, qui a encadré tous les techniciens et doctorants qui ont travaillé pour GlioTex et supervisé la conduite des projets. Pour les moyens, l’ARTC a été depuis le début notre principal et indéfectible soutien ; d’autres partenaires académiques, industriels et associatifs, ont depuis rejoint le projet.

Comment se développe GlioTex ?

Notre plus importante réalisation est d’avoir pu constituer une équipe d’experts couvrant les différents domaines de la recherche préclinique sur le glioblastome. Ainsi, à sa création, nous n’étions que trois ; aujourd’hui, c’est neuf personnes, chercheurs, ingénieurs, techniciens, doctorants et post-doctorants, qui œuvrent dans l’équipe, et quasiment autant qui ont été formés par l’équipe à un moment de leurs études. Nous avons aussi développé des modèles expérimentaux de glioblastomes et des techniques permettant d’augmenter drastiquement le débit de nouveaux composés thérapeutiques pouvant être testés de façon reproductible. Les compétences de l’équipe sont reconnues, et au-delà de nos projets propres, nous sommes fréquemment sollicités pour des collaborations dans le cadre de partenariats avec d’autres chercheurs en France et à l’international, mais également par des sociétés privées et des laboratoires pharmaceutiques. Ces partenariats enrichissent nos champs d’action, permettent de rester au cœur de l’innovation et de démultiplier les projets.

Quelles sont les principales réalisations de GlioTex ?

Au niveau scientifique, les travaux de GlioTex, qui sont publiés dans des revues scientifiques internationales, ont permis l’obtention de financements publics et privés de grande envergure, nationaux et européens, pour initier de nouveaux projets de recherche (à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros en 2024). Parmi nos réussites, nous pouvons citer la collaboration avec la société Carthera et l’équipe du Pr Alexandre Carpentier, qui a permis de démontrer que l’utilisation des ultrasons contribuait à améliorer l’efficacité d’une chimiothérapie chez des souris porteuses d’un glioblastome.

Ce résultat a constitué le rationnel pour plusieurs essais cliniques nationaux et internationaux combinant les ultrasons avec une chimiothérapie chez des patients atteints de glioblastome. GlioTex a montré de la même façon au laboratoire que les ultrasons amélioraient la réponse à une immunothérapie dans le glioblastome, et nous nous consacrons actuellement à la validation de ces résultats sur d’autres types d’immunothérapies.

Quels sont vos autres projets ?

Nous ne négligeons aucune piste, et nous poursuivons notre travail d’évaluation systématique des propriétés anti-glioblastome de plusieurs dizaines de médicaments habituellement prescrits pour d’autres maladies. Nous avons ainsi identifié plusieurs médicaments très intéressants comme la dactinomycine, développée initialement comme antibiotique. Nous nous employons à faire en sorte d’améliorer la pénétration de ces médicaments dans le cerveau pour optimiser son action antitumorale. Nous développons aussi un médicament qui cible une protéine nommée « récepteur à l’hormone de croissance », laquelle jouerait un rôle dans la croissance des glioblastomes. Avec la collaboration de biomathématiciens, nous avons pu sélectionner une série de molécules chimiques susceptibles de bloquer l’action de ce récepteur, et nous avons montré, grâce aux outils de GlioTex, que ces molécules réduisaient la progression du glioblastome. À la suite de ces résultats encourageants, GlioTex a reçu un important soutien financier de l’Institut du cerveau et de la Fondation A. C. Berda, afin d’élaborer un médicament pouvant être administré à l’homme. Ce développement passerait possiblement par la création d’une start-up afin de structurer une entité légale autour de ce nouveau médicament, ce qui faciliterait la collecte de fonds permettant le passage vers les essais cliniques que nous savons très coûteux.

Que souhaiteriez-vous dire aux membres de l’ARTC ?

La recherche est affaire de patience, de persévérance, d’audace et de chance aussi, qu’il faut savoir forcer ! GlioTex, qui était un projet ambitieux, réussit de mieux en mieux au fil des ans à être un outil efficace, s’inscrivant dans la durée, capable de démultiplier les projets innovants et d’accélérer l’évaluation des traitements les plus prometteurs. Nous aimerions remercier l’ARTC, qui a cru en ce projet qui ne serait pas né sans son soutien, celui de ses présidents successifs, M. Éric Licoys et Mme Marie-Claude Berthy, et de tous les donateurs, patients et familles, qui nous ont prodigué leur confiance et leurs encouragements.

[siteorigin_widget class= »Alg_Back_Button_WP_Widget »][/siteorigin_widget]

Le projet METAGLIO – Interview du Dr Maxime FONTANILLES

Le Dr Maxime Fontanilles est oncologue, maître de conférences des universités, praticien hospitalier à l’Hôpital Jacques Monod, centre hospitalier du Havre-Montivilliers, et au Centre de lutte contre le cancer Henri-Becquerel de Rouen, et membre de l’unité INSERM UMR 1245 Cancer and Brain Genomics, équipe 2 groupe IRON de Rouen.

Son projet de recherche intitulé « Métaglio » et soutenu par l’ARTC consiste à étudier l’apport des profils métabolomiques et protéomiques plasmatiques couplés à la cinétique d’ADN libre circulant pour le suivi des patients atteints d’un glioblastome non opéré traités par radiothérapie et témozolomide.

Dans quel contexte s’inscrit le projet Métaglio ?

Le projet Métaglio repose sur un concept appelé « biopsie liquide » qui s’est beaucoup développé ces dernières années en cancérologie. Son principe repose sur la capacité de détecter un cancer en analysant des liquides biologiques ou fluides physiologiques des patients, en pratique le plus souvent dans le sang et son dérivé le plasma (liquide dans lequel baignent les cellules sanguines). Cet examen est donc moins lourd qu’une intervention comme une biopsie directe ou une résection chirurgicale de la tumeur. La biopsie liquide est aujourd’hui souvent utilisée pour les cancers situés en dehors du système nerveux central, dans la pratique courante et en recherche. Malheureusement pour les patients atteints d’un gliome cérébral, c’est plus compliqué car les prélèvements sanguins sont moins informatifs et la concentration d’éléments tumoraux provenant du cerveau dans le plasma est très faible. Pour une tumeur cérébrale, le liquide céphalo-rachidien, dans lequel baigne le cerveau, serait un autre fluide plus rentable à analyser que le sang mais il nécessite une ponction lombaire qu’il n’est pas toujours facile de pratiquer.

Que détecte-t-on dans les biopsies liquides ?

Il peut s’agir de cellules tumorales circulantes qui se sont détachées de la tumeur et qui ont été emportées dans la circulation sanguine, mais aussi de l’ADN ou de l’ARN ou des protéines tumorales circulantes échappées de la tumeur. Nous nous intéressons plus particulièrement aux protéines qui sont plus stables dans le sang et donc plus facilement détectables que l’ADN ou l’ARN. Des avancées technologiques récentes par l’utilisation d’un appareil de spectrométrie de masse ont permis la détection simultanée de plusieurs milliers de protéines impliquées dans le développement des cancers, et certaines protéines sont plus spécifiques à certains cancers qu’à d’autres. Concernant les patients atteints d’un glioblastome, l’équipe de biochimie métabolique du Pr Bekri à Rouen a montré qu’elle était en mesure de distinguer les patients atteints d’un glioblastome des patients souffrant d’autres pathologies, à partir de l’analyse des protéines détectées dans le sang au moment du diagnostic. On parle de profil protéomique circulant ou de signature biologique.

Quel est l’objectif du projet ?

L’objectif du projet Métaglio est d’identifier une signature biologique issue du sang et capable de prédire la réponse au traitement. Cette signature cumulera de façon originale des paramètres d’ADN libre circulant et le profil des protéines circulantes chez une population de patients atteints d’un glioblastome.

Comment allez-vous procéder ?

Notre projet utilisera une collection de prélèvements de l’étude normande Glioplak qui a inclus, de 2015 à 2022, 245 patients atteints d’un glioblastome ayant reçu un traitement par radiothérapie et du témozolomide (Temodal®), pour lesquels nous disposons de toutes les données cliniques ainsi que des réponses au traitement. Du plasma avait été recueilli avant et après la radiothérapie, ainsi qu’à la rechute. Les plasmas sélectionnés seront analysés au sein de l’unité Inserm UMR 1245 en deux temps successifs : dans un premier temps pour extraire et caractériser l’ADN libre tumoral circulant ; puis dans un second temps pour caractériser le profil des protéines (protéome, métabolome) avant puis après la radiothérapie et à la rechute.
Les plasmas sélectionnés seront analysés au sein de l’unité Inserm UMR 1245 en deux temps successifs : dans un premier temps pour extraire et caractériser l’ADN libre tumoral circulant ; puis dans un second temps pour caractériser le profil des protéines (protéome, métabolome) avant, puis après la radiothérapie et à la rechute. L’ensemble des données issues de ces deux analyses seront ensuite corrélées au pronostic des patients.

Quelles perspectives pourrait-on espérer ?

Si l’on découvre une signature biologique qui prédit si le patient va bien répondre au traitement ou non, on pourra adapter le traitement en conséquence. Par exemple, les patients avec une prédiction de « mauvais répondeur » au traitement pourraient recevoir un schéma de chimiothérapie plus vigoureux que ceux identifiés comme « bon répondeur ». Cette médecine dite adaptative, basée sur la biopsie liquide, est en voie de développement pour d’autres types de cancer.
Les informations qualitatives fournies par l’analyse protéomique/métabolomique pourraient également faire découvrir de nouvelles cibles pour des traitements novateurs. En résumé, le projet Métaglio est la première étape d’un projet ambitieux de mise au point d’outils issus du sang de suivi personnalisé pour des patients atteints d’un glioblastome qui pourraient un jour permettre, je l’espère, d’améliorer la prise en charge de nos patients.
Je profite de l’occasion qui m’a été donnée par cette interview pour remercier chaleureusement l’ARTC et ses généreux donateurs de nous permettre d’avancer dans ce projet.

Un comité d’experts

Un comité d’experts pour se pencher sur l’épidémiologie des tumeurs cérébrales en France

Santé Publique France et l’Institut National du Cancer ont lancé au mois de mars 2023 un appel pour la constitution d’un groupe d’experts afin de réfléchir à l’augmentation de l’incidence des tumeurs cérébrales et les  recherches à mener dans ce contexte.  Il s’agit d’une excellente initiative, à laquelle l’ARTC et en particulier Marie-France et Jean-Pierre Gruet de l’antenne de l’ARTC Pays d’Adour,  ont contribué notamment par leurs échanges depuis près de 3 ans avec Santé Publique France, et les résultats de l’étude épidémiologique  réalisée dans le Sud Ouest et conduite par le Dr Luc Bauchet et financée par l’ARTC.