Présentation du projet GLIOTEX – ARTC

Le glioblastome est le cancer cérébral le plus fréquent, le plus grave, et aussi le plus difficile à traiter. En effet, malgré les avancées de la chirurgie, de la radiothérapie, et de la chimiothérapie, les traitements actuels restent insuffisants. Ils ne permettent pas de guérir définitivement le glioblastome. Face à cette réalité, nous n’avons pas le choix : nous devons ouvrir de nouvelles voies inexplorées, innover, tester à grande échelle, et accélérer la découverte de nouveaux médicaments.

C’est dans cet esprit qu’est né GLIOTEX qui est l’acronyme de « GLIOblastome » et « Thérapies Expérimentales ».

Pourquoi GLIOTEX ?

Le constat est sans appel : en 25 ans, seuls deux nouveaux médicaments ont vu le jour pour traiter le glioblastome. Deux en un quart de siècle… C’est trop peu et beaucoup trop lent face à l’urgence que vit chaque patient chez qui la maladie est diagnostiquée. Et ce n’est pas faute de travail ou de volonté, mais parce que les laboratoires académiques qui se consacrent pleinement à la recherche thérapeutique en neuro-oncologie sont trop peu nombreux, et l’industrie pharmaceutique s’intéresse prioritairement aux cancers les plus fréquents.

L’objectif de GLIOTEX est clair : découvrir rapidement de nouveaux traitements, se donner les moyens de les tester sans délai, et surtout accélérer leur passage du laboratoire au patient. Pour cela, nous avons créé une équipe entièrement dédiée à la recherche thérapeutique contre le glioblastome, constituée de chercheurs disposant d’une expertise reconnue, d’une plateforme technologique de pointe et de moyens durables.

Qui compose GLIOTEX ?

GLIOTEX, a été créée en 2010 grâce à des pionniers comme le Professeur Jean-Yves Delattre, le Professeur Ahmed Idbaih et le Docteur Maïté Verreault. Dès le départ, GLIOTEX a pu compter sur le soutien indéfectible de l’Association pour la Recherche sur les Tumeurs cérébrales (ARTC) pour financer les premiers projets, recruter des jeunes chercheurs et lancer les collaborations nationales et internationales indispensables à une recherche ambitieuse. Aujourd’hui, pour mener à bien ses objectifs GLIOTEX est composé du Pr Ahmed Idbaih coordinateur du programme, d’une chercheuse/cheffe de projets– le Dr Maïté Verreault, de 3 ingénieurs d’étude, et de doctorants et post-doctorants au service des projets.

Où se situe GLIOTEX ?

GLIOTEX œuvre au cœur de l’Institut du Cerveau (ICM) à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, un centre de recherche, mondialement connu qui offre à ses chercheurs l’accès aux technologies les plus avancées et un environnement scientifique d’exception où naissent et se croisent les idées, se tissent les collaborations, et où la recherche se nourrit et prend de la vitesse.

Quels sont les acquis de GLIOTEX ?

En quelques années, GLIOTEX a acquis une expertise reconnue sur le plan académique. Il n’existe dans le monde que très peu d’équipes comparables spécifiquement dédiées à la thérapie expérimentale des glioblastomes. Etroitement lié aux cliniciens des services de neurochirurgie et de neuro-oncologie, GLIOTEX a mis au point et développé des modèles expérimentaux reconstituant au plus près les tumeurs cérébrales des patients, et si précieux pour évaluer les traitements. Ces « avatars » de glioblastomes continuent de se perfectionner et sont source de nombreuses collaborations scientifiques. Plusieurs pistes thérapeutiques ont été défrichées par GLIOTEX et font l’objet d’essais cliniques en cours ou en perspective  comme l’utilisation des ultrasons en combinaison avec la chimiothérapie et l’immunothérapie, le repositionnement de médicaments d’usage courant pour traiter le glioblastome, l’évaluation de nouvelles classes de médicaments ciblant des failles typiques des cellules de glioblastome (métabolisme, multiplication et invasion incontrôlées), l’hormonothérapie comme nouveau traitement dans le glioblastome. D’autres projets n’attendent qu’à voir le jour ; les compétences et les expertises sont là, il ne s’agit que d’une question de moyens.

Qui soutient GLIOTEX ?

Rien de tout cela n’aurait été possible sans le soutien indéfectible de l’ARTC qui a choisi d’investir dans l’avenir et la durée GLIOTEX avec un soutien annuel de 250 000 Euros, permettant à GLIOTEX de générer par ses travaux des financements complémentaires. Ceci inclut des soutiens industriels – comme les laboratoires Servier, Carthera, Amgen –, académiques – comme l’INSERM, l’Institut national du Cancer, Europe H2020 –, associatifs – Des Etoiles Dans La Mer, Sports et Collections, Fondation pour la Recherche Médicale – et institutionnels, de l’ICM. Chaque euro investi dans GLIOTEX contribue à accélérer les découvertes et l’innovation thérapeutique.

En conclusion

GLIOTEX n’est pas seulement un programme scientifique, c’est une aventure humaine, une alliance pour l’espoir entre chercheurs, médecins, patients, aidants, donateurs, et mécènes. Ensemble, nous portons un projet ambitieux, celui de guérir les cancers du cerveau dont le plus grave de tous le glioblastome.

Merci de votre confiance et de votre soutien qui nous est crucial dans notre combat.

Le Docteur Maïté Verreault et le Professeur Ahmed Idbaih

TÉMOIGNAGE D’UN BOURSIER DE L’ARTC – Dr Diego PROST médecin spécialisé en oncologie

Quel est votre parcours médical ? D’où vient votre intérêt pour la neuro-oncologie ?

J’ai fait mes études médicales à l’Université de Médecine de Buenos Aires. Je suis médecin spécialiste diplômé en oncologie. Mon intérêt pour la neuro-oncologie découle de la volonté de soigner des patients affectés de maladies complexes, surtout dans un domaine où les grandes avancées thérapeutiques se font encore attendre. J’ai choisi Paris car j’ai eu la possibilité de me former dans un centre de référence international reconnu pour l’excellence de sa recherche et de sa prise en charge en cancérologie.

Quel est votre projet de recherche ?

Je travaille sur un nouveau traitement contre les gliomes appelé le vorasidenib. Dans cette nouvelle thérapie ciblée, la molécule agit sélectivement sur les cellules tumorales qui portent la mutation d’un gène appelé IDH et qui est à l’origine de la tumeur. Ce traitement agit en bloquant le développement des gliomes. Cependant les imageries classiques par IRM ne permettent pas de bien apprécier l’efficacité du vorasidenib, en particulier en début de traitement. Je travaille donc sur une imagerie qui permettrait de mieux suivre l’évolution de la tumeur au cours du traitement.

Quelle est cette imagerie ?

Il s’agit de la tomographie à émission de positrons (TEP), qui utilise un marqueur appelé « DOPA », légèrement radioactif pour pouvoir être détecté. La DOPA est injectée dans la circulation sanguine des patients. Seules les cellules tumorales sont capables d’absorber ce marqueur. Il est détecté par une caméra spéciale qui crée des images en trois dimensions. Ces images permettent aux médecins de repérer dans le cerveau les zones tumorales actives. Par cette imagerie, on ne cherche pas à voir la forme précise de la tumeur, mais à mesurer son activité énergétique, qui reflète l’agressivité des cellules tumorales Dans notre étude, nous avons montré qu’environ 50 % des patients recevant une thérapie ciblée présentaient une diminution significative de cette activité énergétique, ce qui traduit une bonne réponse au traitement malgré une stabilité apparente de la tumeur mesurée à l’IRM.

Quel bénéfice peuvent espérer les patients ?

Nous avons constaté que la réduction du volume métabolique tumoral prédisait un allongement de la durée de rémission. La TEP utilisant le marqueur DOPA (TEP DOPA) permet donc d’identifier précocement les patients les plus sensibles au traitement, et d’améliorer ainsi la prise en charge clinique.

Quelles sont les perspectives de ces résultats ?

Ces résultats pourraient faire du TEP-DOPA (ou PET-DOPA en anglais, cf. la figure ci-dessous) un outil de référence complémentaire de l’IRM pour le suivi des patients souffrant d’un gliome porteur d’une mutation IDH sous thérapie ciblée. Cette recherche a été rendue possible grâce au soutien de l’ARTC et de nos partenaires qui partagent notre engagement pour la recherche en neuro-oncologie.

Imagerie cérébrale par TEP DOPA pour suivre l’évolution d’un gliome. À gauche : on distingue en rouge la tumeur cérébrale active. À droite : après introduction du traitement par vorasidenib, on observe la disparition de la tache rouge, ce qui correspond à une réponse au traitement.

LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Modéliser les gliomes pour trouver des cibles thérapeutiques

Emmanuelle Huillard est chargée de recherche au CNRS, co-responsable de l’équipe Génétique et Développement des tumeurs cérébrales à l’Institut du cerveau à Paris. Ses recherches concernent plus particulièrement les gliomes de bas grade.

Hélène Castel est directrice de recherche Inserm, responsable de l’équipe NeuroGlio dans l’unité de Génétique du cancer et du cerveau à Rouen. Ses recherches concernent le glioblastome et les neurotoxicités. des traitements du cancer

Quel est l’objectif de votre programme ?

La nécessité de trouver de nouveaux traitements plus efficaces contre le glioblastome nous incite à explorer des pistes encore méconnues. Ainsi, nous nous intéressons tout particulièrement aux étapes qui conduisent une cellule normale du cerveau à se transformer et développer à terme un gliome de bas grade ou un glioblastome. Pour mener nos recherches, nous devons concevoir un modèle expérimental appelé « organoïde cérébral », en utilisant des cellules souches de patients cultivées dans des boîtes (boîtes de Petri) et qui forment des tissus cérébraux en 3D.

Comment allez-vous procéder ?

En collaboration avec le Pr Émeline Tabouret (AP-HM de Marseille), nous rechercherons des anomalies génétiques constitutionnelles des patients porteurs de gliome de bas grade ou de glioblastome à partir de cellules souches de patients, puis nous introduirons par la technique de « ciseaux moléculaires » (appelée CRISPR) une mutation capable de générer une tumeur cérébrale. Ces cellules souches, après plusieurs mois en culture, formeront des organoïdes cérébraux dont nous étudierons toutes les étapes qui les conduiront à développer une tumeur.

Quelles retombées pour les patients ?

Comprendre comment la première mutation entraîne les étapes de prolifération, migration et transformation cellulaire ainsi que la résistance aux traitements, permettra de trouver de nouvelles cibles pour de nouveaux médicaments. Ceux-ci seront d’abord testés sur les organoïdes avant de passer aux essais cliniques chez les patients atteints d’un gliome.

LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Prédire le risque de développer un méningiome

Karim Labreche est ingénieur de recherche à l’Institut du cerveau et responsable opérationnel à CINBIOS (plateforme de bio-informatique, Sorbonne Université). Son expertise réside dans l’analyse et l’interprétation des données génétiques pour apporter des réponses à des questions médicales.

Dans quel contexte s’inscrit votre projet ANDROMEDE ?

Les méningiomes sont les tumeurs cérébrales primitives les plus fréquentes. La plupart sont bénignes, mais elles peuvent être responsables de sévères handicaps. Depuis plusieurs années, un médicament hormonal a été mis en cause dans leur apparition : l’Androcur (acétate de cyprotérone). Ce traitement, utilisé chez l’homme pour traiter le cancer de la prostate, a été très largement prescrit en France chez les femmes comme cosmétique pour traiter la pilosité, mais aussi l’endométriose, ou même comme contraceptif. Or, les études ont montré que l’Androcur augmentait de vingt fois le risque de développer des méningiomes après plus de cinq ans de traitement. Face à cela, les autorités de santé ont restreint les prescriptions.

Pourquoi toutes les personnes exposées ne développent-elles pas la maladie ?

C’est la grande question ! Nous avons constaté que certaines patientes, après plusieurs années de traitement, n’avaient aucun méningiome, tandis que d’autres en développaient plusieurs, parfois très agressifs. Cela suggère que le risque n’est pas seulement lié au médicament, mais aussi à des facteurs individuels. Des cas familiaux observés confirment l’idée qu’il existe une prédisposition génétique. Autrement dit : l’Androcur agit comme un déclencheur, mais seules certaines personnes, génétiquement plus « vulnérables » (prédisposées), développent la tumeur.

Quel est donc l’objectif de votre projet ANDROMEDE ?

Notre objectif est d’identifier les facteurs génétiques qui augmentent le risque de méningiome après exposition à l’Androcur. Pour cela, nous allons comparer l’ADN de deux groupes : le premier, constitué de personnes exposées à l’Androcur ayant développé un méningiome, et le second, de personnes exposées mais indemnes. Ces comparaisons permettront d’identifier les variants génétiques qui augmentent le risque, puis d’étudier leur rôle biologique dans l’apparition des méningiomes.

Quelles sont les perspectives pour les patients ?

Elles sont triples : d’abord mieux comprendre les mécanismes biologiques par lesquels l’Androcur déclenche certains méningiomes ; ensuite, prédire le risque en mettant au point un test génétique pourrait aider à évaluer la sensibilité d’un patient avant toute prescription d’un traitement hormonal similaire ; enfin, en découvrant quelles voies cellulaires sont impliquées, nous pourrons trouver des médicaments ciblés, qui viendront compléter la chirurgie.

Un dernier mot pour les donateurs ?

Je souhaiterais remercier l’ARTC et ses donateurs du fond du coeur pour leur confiance et leur soutien. Je n’oublie pas non plus que j’ai été un ancien boursier de l’ARTC au début de ma carrière, et que cette association a été déterminante dans mon engagement dans la recherche sur les tumeurs cérébrales.

LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Diagnostiquer plus précocement les cancers du cerveau

Nébéwia Griffete est maîtresse de conférences en chimie à Sorbonne Université, au laboratoire PHENIX, où elle dirige l’équipe Colloïdes inorganiques. Membre junior de l’Institut universitaire de France, dans la chaire « Innovation », elle consacre ses recherches depuis plusieurs années au développement d de nanomatériaux pour la thérapie et le diagnostic du cancer.

Quel est l’objectif de votre projet ?

Nous visons à développer des nanoparticules magnétiques capables de cibler spécifiquement les cellules cancéreuses du cerveau. Ces particules, déjà utilisées comme agents de contraste en IRM, seront recouvertes d’un polymère à empreintes moléculaires : une sorte de système serrure-clé capable de reconnaître les molécules caractéristiques présentes à la surface des cellules tumorales. Une fois les nanoparticules fixées sur les cellules tumorales, elles permettront d’obtenir une imagerie beaucoup plus précise des tumeurs cérébrales.

Comment allez-vous procéder ?

La conception et l’optimisation des nanoparticules se feront au laboratoire PHENIX. Leurs performances ‒ ciblage des cellules cancéreuses et absence de toxicité ‒ seront testées au Centre de recherche Saint-Antoine (CRSA) dans le cadre d’une collaboration avec le Dr Michèle Sabbah. Enfin, les essais précliniques chez la souris et les acquisitions IRM seront réalisés à l’Institut du cerveau, grâce à l’équipe Gliotex-ARTC, pour vérifier leur efficacité dans un contexte proche de la clinique.

Quelles sont les perspectives pour les patients ?

Aujourd’hui, le diagnostic trop tardif des cancers du cerveau conduit à des traitements lourds et à un mauvais pronostic. Grâce à ces nanomatériaux innovants, nous espérons détecter plus tôt les tumeurs, offrir un diagnostic plus précis et permettre une prise en charge thérapeutique plus rapide. À terme, cette approche pourrait contribuer à augmenter la durée et la qualité de vie des patients.

LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Vaincre la résistance du glioblastome aux traitements

Ahmad Sharanek est chercheur à l’Inserm U1312 à Bordeaux. Ses recherches concernent les mécanismes biologiques qui favorisent la croissance des cellules de glioblastome et qui rendent ces tumeurs résistantes aux traitements actuels.

Quel est l’objectif de votre projet ?

Le glioblastome est la tumeur cérébrale la plus agressive, avec un pronostic qui reste sombre malgré la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. Notre projet vise à mieux comprendre le rôle d’une protéine appelée MCT1 dans le glioblastome. Cette protéine est bien connue pour son rôle traditionnel de transport de métabolites dans les cellules, et nous avons découvert que MCT1 favorisait aussi la croissance et la résistance des cellules tumorales aux traitements conventionnels (radiothérapie, chimiothérapie) par des mécanismes encore inconnus et indépendants de leur fonction de transport. Identifier ces fonctions cachées et apprendre à les cibler serait une piste prometteuse pour concevoir de nouveaux traitements plus efficaces contre le glioblastome.

Comment allez-vous procéder ?

Nous comparons des cellules tumorales avec et sans MCT1, et nous utilisons des versions de la protéine qui ne transportent plus le lactate (sel lactique) pour distinguer ses rôles traditionnels de ses rôles non traditionnels. Ces expériences combinent biologie cellulaire, analyses génétiques et l’utilisation de modèles animaux afin de reproduire au mieux le contexte du glioblastome chez l’humain.

Quelles sont les perspectives attendues pour les patients ?

Si nos recherches aboutissent, ce projet permettrait de développer de nouveaux traitements ciblant les fonctions oncogéniques de MCT1 et de surmonter la résistance des glioblastomes aux traitements.

L’ARTC soutiendra huit nouveaux projets de recherche en 2026

À la suite de son appel à subvention annuel 2025-2026, le Conseil d’administration de l’ARTC, réuni le 2 octobre 2026, a accordé un financement de 25 k€ à huit projets de recherche évalués par son conseil scientifique, dont deux émanent, comme chaque année, de l’ANOCEF (société savante nationale de neuro-oncologie) et du GOPA (réseau des laboratoires français de neurooncologie).

Les lauréats 2025 ainsi que les titres des projets figurent ci-dessous :

1 François Ducray pour l’ANOCEF

Création d’une base de données de

pathologie digitale des oligodendrogliomes

anaplasiques

2 Elias El Habr pour le groupe GOPA

Modélisation de l’impact des contraintes

mécaniques sur l’agressivité des GBM par

lévitation acoustique

3 Antonio Pagano-Zottola (Bordeaux)

Étude du récepteur cannabinoïde (mtCB1) associé

aux mitochondries dans le glioblastome

4 Alberto Picca (Paris)

Identification des mécanismes de résistance

des glioblastomes avec fusion FGFR3-TACC3

aux anti-FGFR

5 Francesca Branzoli (Paris)

Biomarqueurs IRM innovants pour le diagnostic et

évaluation de la réponse du traitement des gliomes

6 Delphine Poncet (Lyon)

Biopsies liquides, eccDNA, pour le

diagnostic des gliomes (BioLEGEND)

7 Anthony Lemarié (Toulouse)

Ciblage du métabolisme mitochondrial pour radiosensibiliser

les cellules souches de glioblastome

8 Gaëtan Ligat (Toulouse)

Peptides chargés dans des vésicules extracellulaires ou dans

des nanoparticules pour traiter le GBM lié au virus CMV

Les cellules CAR-T, un nouveau traitement pour les tumeurs du cerveau

Le Docteur Houillier est neuro-oncologue à la Pitié-Salpêtrière. Elle coordonne le réseau national des centres experts dédié aux lymphomes cérébraux, appelé LOC, labellisé par l’Institut national du cancer (INCa). Elle est pionnière dans l’utilisation des cellules CAR-T dans le traitement des lymphomes du cerveau.

À quoi correspondent les cellules CAR-T et comment agissent-elles contre les cellules tumorales ?

Il s’agit d’une forme particulière d’immunothérapie, donc d’un traitement qui renforce le système immunitaire du patient pour combattre plus efficacement le cancer. Ce traitement consiste dans un premier temps à prélever les lymphocytes T du patient, cellules qui appartiennent aux globules blancs et qui jouent un rôle important dans l’immunité. Ces cellules sont alors modifiées génétiquement au laboratoire pour qu’elles puissent reconnaître spécifiquement les cellules tumorales. Elles deviennent ainsi des cellules CAR-T (en anglais : Chimeric Antigen Receptor T-cells). Une fois créées, elles sont multipliées avant d’être réinjectées par voie intraveineuse chez les patients pour détruire les cellules tumorales.

Ce traitement a-t-il des effets secondaires ?

Les patients présentent presque tous dans les jours suivant l’injection des CAR-T un syndrome inflammatoire qui se manifeste essentiellement par une forte fièvre. Ils peuvent aussi présenter quelques jours plus tard des signes neurologiques, en particulier des difficultés d’écriture ou de la parole. Ces effets secondaires, de sévérité variable selon les patients, justifient une hospitalisation pour surveillance après la réinjection des CAR-T. Heureusement, les symptômes régressent en quelques jours sans séquelles dans la très grande majorité des cas.

Dans quelles maladies ce traitement est-il utilisé ?

Les cellules CAR-T sont une révolution en hématologie, en particulier dans le traitement des lymphomes et de certaines formes de leucémie. Elles ont permis de nombreuses guérisons définitives et sont couramment utilisées aujourd’hui.

Qu’en est-il pour les lymphomes du cerveau ?

Initialement, les lymphomes du cerveau étaient exclus des essais thérapeutiques des cellules CAR-T, en raison de la crainte d’exposer les patients souffrant d’une pathologie cérébrale à des effets secondaires neurologiques trop importants. Cependant, notre groupe français a montré que les cellules CAR-T pouvaient être utilisées dans les lymphomes cérébraux avec une tolérance tout à fait acceptable. De plus, nous avons observé des réponses fréquentes chez des patients qui étaient résistants à tous les traitements conventionnels. Aujourd’hui, nous utilisons les cellules CAR-T en routine dans les récidives, et nous préparons des essais cliniques pour voir si elles sont efficaces dès le traitement initial.

Qu’en est-il des autres tumeurs cérébrales ?

Pour les gliomes, et en particulier le glioblastome, la situation est plus complexe car les tumeurs sont plus hétérogènes sur le plan biologique et portent de nombreuses cibles possibles. L’une des difficultés rencontrées est l’identification de celles qui sont les plus pertinentes pour fabriquer les cellules CAR-T les plus efficaces. Nous sommes encore en phase d’expérimentation. Trois essais cliniques ont été récemment publiés par des équipes américaines, avec des cas de diminution du volume tumoral, ce qui est très encourageant. À la différence des lymphomes, le mode d’administration des cellules CAR-T se faisait préférentiellement par des injections dans le liquide céphalorachidien pour être au plus près du cerveau. Il faut poursuivre les recherches pour améliorer ces résultats préliminaires, mais il n’y a aucun doute que ce nouveau traitement prendra une place croissante dans le futur en neuro-oncologie.

Immunothérapie et utrasons pour traiter le glioblastome

Soumi Mukherjee est doctorante en sciences et a obtenu une bourse européenne pour développer un projet d’immunothérapie dans le cadre du programme Gliotex-ARTC.

Quel est votre parcours scientifique ?

Une licence en microbiologie, un master en médecine moléculaire et ma passion pour la recherche m’ont poussée à faire un stage au Centre avancé de traitement, de recherche et d’éducation contre le cancer, grand institut spécialisé de Mumbai (anciennement Bombay). J’y ai acquis une expérience spécifique de recherche qui se situe à l’interface entre la biologie fondamentale et la clinique. Cette expérience a renforcé ma motivation pour m’investir dans la recherche en oncologie. En 2023, j’ai rejoint l’équipe Gliotex-ARTC au sein de l’Institut du cerveau pour préparer mon doctorat dédié au traitement du glioblastome, sous la direction du Pr Ahmed Idbaih et du Dr Maïté Verreault.

Pouvez-vous dire quelques mots de votre projet de recherche ?

J’explore une nouvelle stratégie de traitement du glioblastome qui combine deux approches distinctes, en espérant qu’elles seront plus efficaces en se combinant. Il s’agit d’une part des ultrasons pulsés de faible intensité (LIPU) qui agissent en facilitant le passage des médicaments au cerveau pour atteindre la tumeur, et d’autre part de l’immunothérapie. Une étude récente de notre laboratoire a montré que l’association des ultrasons avec un médicament immunostimulant, appelé anti-PD-L1, améliore considérablement la survie des souris atteintes de tumeur cérébrale. Fait surprenant, les ultrasons utilisés seuls semblent déjà avoir aussi un effet stimulant, qui lui est propre, sur le système immunitaire.

Où en êtes-vous dans vos recherches ?

Je teste actuellement d’autres médicaments d’immunothérapie intéressants (anti-PD-1, anti-TIM-3, anti-LAG-3, anti-GAL9) en combinaison avec les ultrasons. J’analyse quelles protéines immunitaires sont les plus présentes dans les cas du gliobastome et de son environnement local pour identifier celles qui pourraient constituer les meilleures cibles pour les traitements. Nos premiers résultats montrent qu’une protéine appelée Gal9 serait une excellente cible pour le traitement (voir la figure).

Vue au microscope d’un glioblastome de souris. Les points roses correspondent à des cellules tumorales au centre de la tumeur, les points verts à divers types de cellules immunitaires et les points jaunes en périphérie de la tumeur, aux cellules présentant une cible (appelée Gal9) pour les nouvelles immunothérapies.

En quoi cette recherche est-elle importante ?

Si nos études confirment que ces nouvelles combinaisons de traitements sont efficaces sur des modèles précliniques, elles déboucheront sur des essais cliniques chez l’humain, et à terme, nous l’espérons, sur de nouvelles options thérapeutiques pour les patients atteints de glioblastome.

Reprogrammer les cellules de glioblastome en neurones

Christophe Heinrich est directeur de recherche au CNRS et chef d’équipe à l’Institut Cellules souches et cerveau à Lyon (INSERM U1208). Il étudie la reprogrammation cellulaire comme approche thérapeutique dans le glioblastome.

En quoi consiste la reprogrammation des cellules de glioblastome ?

Cette reprogrammation consiste à forcer une cellule à acquérir une nouvelle identité par une manipulation génétique. L’identité de la cellule d’origine se trouve ainsi effacée. Aussi, reprogrammer les cellules tumorales de glioblastome qui prolifèrent en neurones – cellules qui ne peuvent pas se multiplier – pourrait s’avérer une stratégie efficace pour effacer leur identité tumorale et ainsi réduire la croissance tumorale, mais également les risques de récidives.

Comment allez-vous procéder ?

À partir de cellules de glioblastome provenant de prélèvements tumoraux de patients opérés, ayant donné leur consentement pour leur utilisation à des fins de recherche, nous chercherons à transformer des cellules de glioblastome en neurones. Pour ce faire, nous activerons, dans les cellules tumorales, des gènes connus pour faire évoluer les cellules en neurones. En utilisant des techniques de pointe de séquençage qui permettent d’analyser l’ARN, nous pourrons déterminer si les cellules ainsi reprogrammées ont bien perdu leur identité tumorale d’origine et ont cessé de proliférer. Pour corroborer ces résultats, nous utiliserons également des prototypes expérimentaux de tumeurs qui se développent dans les trois dimensions permettant de reproduire au plus près l’ensemble des caractéristiques des tumeurs des patients, mais aussi l’environnement tumoral complexe dans lequel elles se développent.

Comment vérifierez-vous le potentiel thérapeutique de cette stratégie ?

Pour cela, nous grefferons des cellules tumorales dans le cerveau de souris, et nous induirons la conversion de ces cellules en neurones au sein même des tumeurs. Nous espérons démontrer que les neurones reprogrammés de cette façon perdront les caractéristiques des cellules tumorales dont ils sont issus, et permettront de réduire la croissance des tumeurs et d’augmenter la durée de vie des animaux. Ainsi, avec le soutien de l’ARTC, notre projet pourrait avoir des implications significatives et mettre en lumière une nouvelle stratégie thérapeutique pour les patients souffrant de glioblastome.