À la suite de son appel à subvention annuel 2025-2026, le Conseil d’administration de l’ARTC, réuni le 2 octobre 2025, a accordé un financement de 25 k€ à huit projets de recherche évalués par son conseil scientifique, dont deux émanent, comme chaque année, de l’ANOCEF (société savante nationale de neuro-oncologie) et du GOPA (réseau des laboratoires français de neuro-oncologie).
Les lauréats 2025 ainsi que les titres des projets figurent ci-dessous :
1 François Ducray pour l’ANOCEF
Création d’une base de données de
pathologie digitale des oligodendrogliomes
anaplasiques
2 Elias El Habr pour le groupe GOPA
Modélisation de l’impact des contraintes
mécaniques sur l’agressivité des GBM par
lévitation acoustique
3 Antonio Pagano-Zottola (Bordeaux)
Étude du récepteur cannabinoïde (mtCB1) associé
aux mitochondries dans le glioblastome
4 Alberto Picca (Paris)
Identification des mécanismes de résistance
des glioblastomes avec fusion FGFR3-TACC3
aux anti-FGFR
5 Francesca Branzoli (Paris)
Biomarqueurs IRM innovants pour le diagnostic et
évaluation de la réponse du traitement des gliomes
6 Delphine Poncet (Lyon)
Biopsies liquides, eccDNA, pour le
diagnostic des gliomes (BioLEGEND)
7 Anthony Lemarié (Toulouse)
Ciblage du métabolisme mitochondrial pour radiosensibiliser
les cellules souches de glioblastome
8 Gaëtan Ligat (Toulouse)
Peptides chargés dans des vésicules extracellulaires ou dans
des nanoparticules pour traiter le GBM lié au virus CMV
Le glioblastome est le cancer cérébral le plus fréquent, le plus grave, et aussi le plus difficile à traiter. En effet, malgré les avancées de la chirurgie, de la radiothérapie, et de la chimiothérapie, les traitements actuels restent insuffisants. Ils ne permettent pas de guérir définitivement le glioblastome. Face à cette réalité, nous n’avons pas le choix : nous devons ouvrir de nouvelles voies inexplorées, innover, tester à grande échelle, et accélérer la découverte de nouveaux médicaments.
C’est dans cet esprit qu’est né GLIOTEX qui est l’acronyme de « GLIOblastome » et « Thérapies Expérimentales ».
Pourquoi GLIOTEX ?
Le constat est sans appel : en 25 ans, seuls deux nouveaux médicaments ont vu le jour pour traiter le glioblastome. Deux en un quart de siècle… C’est trop peu et beaucoup trop lent face à l’urgence que vit chaque patient chez qui la maladie est diagnostiquée. Et ce n’est pas faute de travail ou de volonté, mais parce que les laboratoires académiques qui se consacrent pleinement à la recherche thérapeutique en neuro-oncologie sont trop peu nombreux, et l’industrie pharmaceutique s’intéresse prioritairement aux cancers les plus fréquents.
L’objectif de GLIOTEX est clair : découvrir rapidement de nouveaux traitements, se donner les moyens de les tester sans délai, et surtout accélérer leur passage du laboratoire au patient. Pour cela, nous avons créé une équipe entièrement dédiée à la recherche thérapeutique contre le glioblastome, constituée de chercheurs disposant d’une expertise reconnue, d’une plateforme technologique de pointe et de moyens durables.
Qui compose GLIOTEX ?
GLIOTEX, a été créée en 2010 grâce à des pionniers comme le Professeur Jean-Yves Delattre, le Professeur Ahmed Idbaih et le Docteur Maïté Verreault. Dès le départ, GLIOTEX a pu compter sur le soutien indéfectible de l’Association pour la Recherche sur les Tumeurs cérébrales (ARTC) pour financer les premiers projets, recruter des jeunes chercheurs et lancer les collaborations nationales et internationales indispensables à une recherche ambitieuse. Aujourd’hui, pour mener à bien ses objectifs GLIOTEX est composé du Pr Ahmed Idbaih coordinateur du programme, d’une chercheuse/cheffe de projets– le Dr Maïté Verreault, de 3 ingénieurs d’étude, et de doctorants et post-doctorants au service des projets.
Où se situe GLIOTEX ?
GLIOTEX œuvre au cœur de l’Institut du Cerveau (ICM) à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, un centre de recherche, mondialement connu qui offre à ses chercheurs l’accès aux technologies les plus avancées et un environnement scientifique d’exception où naissent et se croisent les idées, se tissent les collaborations, et où la recherche se nourrit et prend de la vitesse.
Quels sont les acquis de GLIOTEX ?
En quelques années, GLIOTEX a acquis une expertise reconnue sur le plan académique. Il n’existe dans le monde que très peu d’équipes comparables spécifiquement dédiées à la thérapie expérimentale des glioblastomes. Etroitement lié aux cliniciens des services de neurochirurgie et de neuro-oncologie, GLIOTEX a mis au point et développé des modèles expérimentaux reconstituant au plus près les tumeurs cérébrales des patients, et si précieux pour évaluer les traitements. Ces « avatars » de glioblastomes continuent de se perfectionner et sont source de nombreuses collaborations scientifiques. Plusieurs pistes thérapeutiques ont été défrichées par GLIOTEX et font l’objet d’essais cliniques en cours ou en perspective comme l’utilisation des ultrasons en combinaison avec la chimiothérapie et l’immunothérapie, le repositionnement de médicaments d’usage courant pour traiter le glioblastome, l’évaluation de nouvelles classes de médicaments ciblant des failles typiques des cellules de glioblastome (métabolisme, multiplication et invasion incontrôlées), l’hormonothérapie comme nouveau traitement dans le glioblastome. D’autres projets n’attendent qu’à voir le jour ; les compétences et les expertises sont là, il ne s’agit que d’une question de moyens.
Qui soutient GLIOTEX ?
Rien de tout cela n’aurait été possible sans le soutien indéfectible de l’ARTC qui a choisi d’investir dans l’avenir et la durée GLIOTEX avec un soutien annuel de 250 000 Euros, permettant à GLIOTEX de générer par ses travaux des financements complémentaires. Ceci inclut des soutiens industriels – comme les laboratoires Servier, Carthera, Amgen –, académiques – comme l’INSERM, l’Institut national du Cancer, Europe H2020 –, associatifs – Des Etoiles Dans La Mer, Sports et Collections, Fondation pour la Recherche Médicale – et institutionnels, de l’ICM. Chaque euro investi dans GLIOTEX contribue à accélérer les découvertes et l’innovation thérapeutique.
En conclusion
GLIOTEX n’est pas seulement un programme scientifique, c’est une aventure humaine, une alliance pour l’espoir entre chercheurs, médecins, patients, aidants, donateurs, et mécènes. Ensemble, nous portons un projet ambitieux, celui de guérir les cancers du cerveau dont le plus grave de tous le glioblastome.
Merci de votre confiance et de votre soutien qui nous est crucial dans notre combat.
Le Docteur Maïté Verreault et le Professeur Ahmed Idbaih
L’ARTC était présente à la 3ème Journée nationale des cancers du cerveau du 3 décembre dernier, ayant pour thème « Espoirs en tête : Vivre pleinement malgré un cancer du cerveau », et réunissant de nombreux participants dont deux membres de notre association.
Jérôme Adam ancien patient, venu témoigner de son parcours de vie :
Marie-Dominique Cantal-Dupart, infirmière référente en neuro-oncologie et sexologue à la Pitié-Salpêtrière :
Ce projet de Marche solidaire itinérante est né d’un élan du cœur, d’une volonté d’agir à ma façon, pour soutenir mon frère atteint d’une tumeur cérébrale diagnostiquée il y a un an et’demi, ainsi que toutes les personnes touchées par cette maladie et leurs familles.
Marcher pour ne pas rester figé par la peur et le poids de la maladie ! Marcher avec ses forces et ses faiblesses ! Marcher pour aller de l’avant ! Comme le font l’ARTC et les équipes de chercheurs depuis plus de trente ans…
Étant moi-même sous traitement pour un cancer du sein depuis plusieurs années, je n’ai pas la force physique nécessaire pour porter un sac à dos sur une très longue distance. J’ai tout de suite su que l’âne serait le compagnon idéal pour réaliser ce genre de projet. Ce n’est pas tant pour porter mes affaires que je l’ai choisi, que pour sa sensibilité, son intelligence, ses qualités de médiateur et bien sûr son endurance. Et j’ai eu la chance de trouver un bon ‘compagnon de route au nom prédestiné de « Yalla », ce qui veut dire « En avant ! ».
Deux mois et demi de préparation ont été nécessaires pour organiser cette marche : itinéraires, étapes, lieux d’accueil, logistique pour l’âne, etc… J’ai pu m’appuyer sur le travail de l’association « Les Chemins du Mont-Saint-Michel » pour concrétiser ce projet. Nous sommes partis de Rouen le 11 août dernier, du Centre Henri Becquerel où nous sommes soignés et suivis mon frère et moi.
Nous avons traversé les cinq départements normands en vingt-deux étapes (360 km) pour atteindre le Mont-Saint-Michel le 6 septembre. Des étapes de 10 à 29 km par jour, de beaux paysages et surtout de très belles rencontres humaines ! Une chaîne de solidarité s’est mise en place tout au long du chemin pour nous accueillir, Yalla et moi, en bivouac ou chez l’habitant.
Itinéraire intial Itinéraire final
Sur les routes et dans les villes traversées, les gens, tout de suite attirés par l’âne, posaient des questions, prenaient le flyer de la Marche : c’est la magie de l’âne ! Grâce à Yalla, nous avons pu sensibiliser de nombreuses personnes, de manière positive face à un sujet difficile, et citer l’ARTC ! Cinq articles ont paru dans la presse locale pour parler de la marche et de l’ARTC. Un regret toutefois, la cagnotte en ligne n’a pas atteint son objectif, mais nous avons eu la satisfaction de transmettre le message de l’ARTC :
« Puisque tout vient du cerveau, agissons avec le cœur ! »
Je remercie très chaleureusement les membres de l’ARTC, l’association les Chemins du Mont-Saint-Michel, Pierre, Florian, mon frère et ma fille pour leur soutien sans faille, ainsi que toutes les merveilleuses et généreuses personnes qui m’ont accueillie parfois à l’improviste ou sous l’orage…
Enfin, un immense MERCI à YALLA ! Celui qui a porté le message de l’ARTC durant cette marche, celui dont le nom résume la force de l’engagement de l’ARTC et tous nos espoirs.
Le dimanche 11 mai 2025, j’ai pris le départ d’une aventure inoubliable : relier Lyon à vélo jusqu’à Torremolinos, située dans le sud de l’Espagne.
Le point de départ : la place Bellecour, au cœur de ma ville. Le point d’arrivée : une ville chère à mon coeur, où vit une partie de ma famille et où j’ai passé tous mes étés d’enfance.
Depuis tout petit, je me disais : « Un jour, j’irai jusqu’ici à vélo. »
Ce rêve, je l’ai réalisé. Mais cette traversée n’a pas été qu’un défi sportif. Elle a été avant tout un voyage humain et profondément personnel.
Ce voyage, je l’ai entrepris pour mon frère Victor qui se bat depuis dix ans contre une tumeur cérébrale. Je l’ai fait aussi en mémoire de ma grand-mère Marie et de mon père Daniel, tous deux également touchés par cette maladie. C’est avec détermination que j’ai pédalé et parcouru ces 1800 kilomètres, je voulais sensibiliser ceux qui ignorent tout de cette maladie et soutenir ceux qui luttent contre les tumeurs cérébrales.
J’ai choisi de m’engager aux côtés de l’ARTC afin de faire connaître cette cause et d’aider la recherche à progresser. Grâce à cette aventure, nous avons eu la joie et l’honneur de récolter 12 000 € pour l’association ‒ une belle somme ‒, ce dont je suis très fier, tout comme ma famille et toutes les personnes qui m’ont accompagné.
Au-delà de l’effort, ce voyage a été beau, j’ai vu des paysages magnifiques, j’ai fait des rencontres inspirantes et vécu des moments de partage que je n’oublierai jamais. Un immense merci à toutes celles et ceux qui m’ont soutenu, encouragé et aidé à accomplir’ce rêve devenu un engagement de vie.
Quel est votre parcours médical ? D’où vient votre intérêt pour la neuro-oncologie ?
J’ai fait mes études médicales à l’Université de Médecine de Buenos Aires. Je suis médecin spécialiste diplômé en oncologie. Mon intérêt pour la neuro-oncologie découle de la volonté de soigner des patients affectés de maladies complexes, surtout dans un domaine où les grandes avancées thérapeutiques se font encore attendre. J’ai choisi Paris car j’ai eu la possibilité de me former dans un centre de référence international reconnu pour l’excellence de sa recherche et de sa prise en charge en cancérologie.
Quel est votre projet de recherche ?
Je travaille sur un nouveau traitement contre les gliomes appelé le vorasidenib. Dans cette nouvelle thérapie ciblée, la molécule agit sélectivement sur les cellules tumorales qui portent la mutation d’un gène appelé IDH et qui est à l’origine de la tumeur. Ce traitement agit en bloquant le développement des gliomes. Cependant les imageries classiques par IRM ne permettent pas de bien apprécier l’efficacité du vorasidenib, en particulier en début de traitement. Je travaille donc sur une imagerie qui permettrait de mieux suivre l’évolution de la tumeur au cours du traitement.
Quelle est cette imagerie ?
Il s’agit de la tomographie à émission de positrons (TEP), qui utilise un marqueur appelé « DOPA », légèrement radioactif pour pouvoir être détecté. La DOPA est injectée dans la circulation sanguine des patients. Seules les cellules tumorales sont capables d’absorber ce marqueur. Il est détecté par une caméra spéciale qui crée des images en trois dimensions. Ces images permettent aux médecins de repérer dans le cerveau les zones tumorales actives. Par cette imagerie, on ne cherche pas à voir la forme précise de la tumeur, mais à mesurer son activité énergétique, qui reflète l’agressivité des cellules tumorales Dans notre étude, nous avons montré qu’environ 50 % des patients recevant une thérapie ciblée présentaient une diminution significative de cette activité énergétique, ce qui traduit une bonne réponse au traitement malgré une stabilité apparente de la tumeur mesurée à l’IRM.
Quel bénéfice peuvent espérer les patients ?
Nous avons constaté que la réduction du volume métabolique tumoral prédisait un allongement de la durée de rémission. La TEP utilisant le marqueur DOPA (TEP DOPA) permet donc d’identifier précocement les patients les plus sensibles au traitement, et d’améliorer ainsi la prise en charge clinique.
Quelles sont les perspectives de ces résultats ?
Ces résultats pourraient faire du TEP-DOPA (ou PET-DOPA en anglais, cf. la figure ci-dessous) un outil de référence complémentaire de l’IRM pour le suivi des patients souffrant d’un gliome porteur d’une mutation IDH sous thérapie ciblée. Cette recherche a été rendue possible grâce au soutien de l’ARTC et de nos partenaires qui partagent notre engagement pour la recherche en neuro-oncologie.
Imagerie cérébrale par TEP DOPA pour suivre l’évolution d’un gliome. À gauche : on distingue en rouge la tumeur cérébrale active. À droite : après introduction du traitement par vorasidenib, on observe la disparition de la tache rouge, ce qui correspond à une réponse au traitement.
Emmanuelle Huillard est chargée de recherche au CNRS, co-responsable de l’équipe Génétique et Développement des tumeurs cérébrales à l’Institut du cerveau à Paris. Ses recherches concernent plus particulièrement les gliomes de bas grade.
Hélène Castel est directrice de recherche Inserm, responsable de l’équipe NeuroGlio dans l’unité de Génétique du cancer et du cerveau à Rouen. Ses recherches concernent le glioblastome et les neurotoxicités. des traitements du cancer
Quel est l’objectif de votre programme ?
La nécessité de trouver de nouveaux traitements plus efficaces contre le glioblastome nous incite à explorer des pistes encore méconnues. Ainsi, nous nous intéressons tout particulièrement aux étapes qui conduisent une cellule normale du cerveau à se transformer et développer à terme un gliome de bas grade ou un glioblastome. Pour mener nos recherches, nous devons concevoir un modèle expérimental appelé « organoïde cérébral », en utilisant des cellules souches de patients cultivées dans des boîtes (boîtes de Petri) et qui forment des tissus cérébraux en 3D.
Comment allez-vous procéder?
En collaboration avec le Pr Émeline Tabouret (AP-HM de Marseille), nous rechercherons des anomalies génétiques constitutionnelles des patients porteurs de gliome de bas grade ou de glioblastome à partir de cellules souches de patients, puis nous introduirons par la technique de « ciseaux moléculaires » (appelée CRISPR) une mutation capable de générer une tumeur cérébrale. Ces cellules souches, après plusieurs mois en culture, formeront des organoïdes cérébraux dont nous étudierons toutes les étapes qui les conduiront à développer une tumeur.
Quelles retombées pour les patients ?
Comprendre comment la première mutation entraîne les étapes de prolifération, migration et transformation cellulaire ainsi que la résistance aux traitements, permettra de trouver de nouvelles cibles pour de nouveaux médicaments. Ceux-ci seront d’abord testés sur les organoïdes avant de passer aux essais cliniques chez les patients atteints d’un gliome.
Karim Labreche est ingénieur de recherche à l’Institut du cerveau et responsable opérationnel à CINBIOS (plateforme de bio-informatique, Sorbonne Université). Son expertise réside dans l’analyse et l’interprétation des données génétiques pour apporter des réponses à des questions médicales.
Dans quel contexte s’inscrit votre projet ANDROMEDE ?
Les méningiomes sont les tumeurs cérébrales primitives les plus fréquentes. La plupart sont bénignes, mais elles peuvent être responsables de sévères handicaps. Depuis plusieurs années, un médicament hormonal a été mis en cause dans leur apparition : l’Androcur (acétate de cyprotérone). Ce traitement, utilisé chez l’homme pour traiter le cancer de la prostate, a été très largement prescrit en France chez les femmes comme cosmétique pour traiter la pilosité, mais aussi l’endométriose, ou même comme contraceptif. Or, les études ont montré que l’Androcur augmentait de vingt fois le risque de développer des méningiomes après plus de cinq ans de traitement. Face à cela, les autorités de santé ont restreint les prescriptions.
Pourquoi toutes les personnes exposées ne développent-elles pas la maladie ?
C’est la grande question ! Nous avons constaté que certaines patientes, après plusieurs années de traitement, n’avaient aucun méningiome, tandis que d’autres en développaient plusieurs, parfois très agressifs. Cela suggère que le risque n’est pas seulement lié au médicament, mais aussi à des facteurs individuels. Des cas familiaux observés confirment l’idée qu’il existe une prédisposition génétique. Autrement dit : l’Androcur agit comme un déclencheur, mais seules certaines personnes, génétiquement plus « vulnérables » (prédisposées), développent la tumeur.
Quel est donc l’objectif de votre projet ANDROMEDE ?
Notre objectif est d’identifier les facteurs génétiques qui augmentent le risque de méningiome après exposition à l’Androcur. Pour cela, nous allons comparer l’ADN de deux groupes : le premier, constitué de personnes exposées à l’Androcur ayant développé un méningiome, et le second, de personnes exposées mais indemnes. Ces comparaisons permettront d’identifier les variants génétiques qui augmentent le risque, puis d’étudier leur rôle biologique dans l’apparition des méningiomes.
Quelles sont les perspectives pour les patients ?
Elles sont triples : d’abord mieux comprendre les mécanismes biologiques par lesquels l’Androcur déclenche certains méningiomes ; ensuite, prédire le risque en mettant au point un test génétique pourrait aider à évaluer la sensibilité d’un patient avant toute prescription d’un traitement hormonal similaire ; enfin, en découvrant quelles voies cellulaires sont impliquées, nous pourrons trouver des médicaments ciblés, qui viendront compléter la chirurgie.
Un dernier mot pour les donateurs ?
Je souhaiterais remercier l’ARTC et ses donateurs du fond du coeur pour leur confiance et leur soutien. Je n’oublie pas non plus que j’ai été un ancien boursier de l’ARTC au début de ma carrière, et que cette association a été déterminante dans mon engagement dans la recherche sur les tumeurs cérébrales.
Nébéwia Griffete est maîtresse de conférences en chimie à Sorbonne Université, au laboratoire PHENIX, où elle dirige l’équipe Colloïdes inorganiques. Membre junior de l’Institut universitaire de France, dans la chaire « Innovation », elle consacre ses recherches depuis plusieurs années au développement d de nanomatériaux pour la thérapie et le diagnostic du cancer.
Quel est l’objectif de votre projet ?
Nous visons à développer des nanoparticules magnétiques capables de cibler spécifiquement les cellules cancéreuses du cerveau. Ces particules, déjà utilisées comme agents de contraste en IRM, seront recouvertes d’un polymère à empreintes moléculaires : une sorte de système serrure-clé capable de reconnaître les molécules caractéristiques présentes à la surface des cellules tumorales. Une fois les nanoparticules fixées sur les cellules tumorales, elles permettront d’obtenir une imagerie beaucoup plus précise des tumeurs cérébrales.
Comment allez-vous procéder ?
La conception et l’optimisation des nanoparticules se feront au laboratoire PHENIX. Leurs performances ‒ ciblage des cellules cancéreuses et absence de toxicité ‒ seront testées au Centre de recherche Saint-Antoine (CRSA) dans le cadre d’une collaboration avec le Dr Michèle Sabbah. Enfin, les essais précliniques chez la souris et les acquisitions IRM seront réalisés à l’Institut du cerveau, grâce à l’équipe Gliotex-ARTC, pour vérifier leur efficacité dans un contexte proche de la clinique.
Quelles sont les perspectives pour les patients ?
Aujourd’hui, le diagnostic trop tardif des cancers du cerveau conduit à des traitements lourds et à un mauvais pronostic. Grâce à ces nanomatériaux innovants, nous espérons détecter plus tôt les tumeurs, offrir un diagnostic plus précis et permettre une prise en charge thérapeutique plus rapide. À terme, cette approche pourrait contribuer à augmenter la durée et la qualité de vie des patients.