TÉMOIGNAGE D’UN BOURSIER DE L’ARTC – Dr Diego PROST médecin spécialisé en oncologie

Quel est votre parcours médical ? D’où vient votre intérêt pour la neuro-oncologie ?

J’ai fait mes études médicales à l’Université de Médecine de Buenos Aires. Je suis médecin spécialiste diplômé en oncologie. Mon intérêt pour la neuro-oncologie découle de la volonté de soigner des patients affectés de maladies complexes, surtout dans un domaine où les grandes avancées thérapeutiques se font encore attendre. J’ai choisi Paris car j’ai eu la possibilité de me former dans un centre de référence international reconnu pour l’excellence de sa recherche et de sa prise en charge en cancérologie.

Quel est votre projet de recherche ?

Je travaille sur un nouveau traitement contre les gliomes appelé le vorasidenib. Dans cette nouvelle thérapie ciblée, la molécule agit sélectivement sur les cellules tumorales qui portent la mutation d’un gène appelé IDH et qui est à l’origine de la tumeur. Ce traitement agit en bloquant le développement des gliomes. Cependant les imageries classiques par IRM ne permettent pas de bien apprécier l’efficacité du vorasidenib, en particulier en début de traitement. Je travaille donc sur une imagerie qui permettrait de mieux suivre l’évolution de la tumeur au cours du traitement.

Quelle est cette imagerie ?

Il s’agit de la tomographie à émission de positrons (TEP), qui utilise un marqueur appelé « DOPA », légèrement radioactif pour pouvoir être détecté. La DOPA est injectée dans la circulation sanguine des patients. Seules les cellules tumorales sont capables d’absorber ce marqueur. Il est détecté par une caméra spéciale qui crée des images en trois dimensions. Ces images permettent aux médecins de repérer dans le cerveau les zones tumorales actives. Par cette imagerie, on ne cherche pas à voir la forme précise de la tumeur, mais à mesurer son activité énergétique, qui reflète l’agressivité des cellules tumorales Dans notre étude, nous avons montré qu’environ 50 % des patients recevant une thérapie ciblée présentaient une diminution significative de cette activité énergétique, ce qui traduit une bonne réponse au traitement malgré une stabilité apparente de la tumeur mesurée à l’IRM.

Quel bénéfice peuvent espérer les patients ?

Nous avons constaté que la réduction du volume métabolique tumoral prédisait un allongement de la durée de rémission. La TEP utilisant le marqueur DOPA (TEP DOPA) permet donc d’identifier précocement les patients les plus sensibles au traitement, et d’améliorer ainsi la prise en charge clinique.

Quelles sont les perspectives de ces résultats ?

Ces résultats pourraient faire du TEP-DOPA (ou PET-DOPA en anglais, cf. la figure ci-dessous) un outil de référence complémentaire de l’IRM pour le suivi des patients souffrant d’un gliome porteur d’une mutation IDH sous thérapie ciblée. Cette recherche a été rendue possible grâce au soutien de l’ARTC et de nos partenaires qui partagent notre engagement pour la recherche en neuro-oncologie.

Imagerie cérébrale par TEP DOPA pour suivre l’évolution d’un gliome. À gauche : on distingue en rouge la tumeur cérébrale active. À droite : après introduction du traitement par vorasidenib, on observe la disparition de la tache rouge, ce qui correspond à une réponse au traitement.

LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Modéliser les gliomes pour trouver des cibles thérapeutiques

Emmanuelle Huillard est chargée de recherche au CNRS, co-responsable de l’équipe Génétique et Développement des tumeurs cérébrales à l’Institut du cerveau à Paris. Ses recherches concernent plus particulièrement les gliomes de bas grade.

Hélène Castel est directrice de recherche Inserm, responsable de l’équipe NeuroGlio dans l’unité de Génétique du cancer et du cerveau à Rouen. Ses recherches concernent le glioblastome et les neurotoxicités. des traitements du cancer

Quel est l’objectif de votre programme ?

La nécessité de trouver de nouveaux traitements plus efficaces contre le glioblastome nous incite à explorer des pistes encore méconnues. Ainsi, nous nous intéressons tout particulièrement aux étapes qui conduisent une cellule normale du cerveau à se transformer et développer à terme un gliome de bas grade ou un glioblastome. Pour mener nos recherches, nous devons concevoir un modèle expérimental appelé « organoïde cérébral », en utilisant des cellules souches de patients cultivées dans des boîtes (boîtes de Petri) et qui forment des tissus cérébraux en 3D.

Comment allez-vous procéder ?

En collaboration avec le Pr Émeline Tabouret (AP-HM de Marseille), nous rechercherons des anomalies génétiques constitutionnelles des patients porteurs de gliome de bas grade ou de glioblastome à partir de cellules souches de patients, puis nous introduirons par la technique de « ciseaux moléculaires » (appelée CRISPR) une mutation capable de générer une tumeur cérébrale. Ces cellules souches, après plusieurs mois en culture, formeront des organoïdes cérébraux dont nous étudierons toutes les étapes qui les conduiront à développer une tumeur.

Quelles retombées pour les patients ?

Comprendre comment la première mutation entraîne les étapes de prolifération, migration et transformation cellulaire ainsi que la résistance aux traitements, permettra de trouver de nouvelles cibles pour de nouveaux médicaments. Ceux-ci seront d’abord testés sur les organoïdes avant de passer aux essais cliniques chez les patients atteints d’un gliome.

LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Prédire le risque de développer un méningiome

Karim Labreche est ingénieur de recherche à l’Institut du cerveau et responsable opérationnel à CINBIOS (plateforme de bio-informatique, Sorbonne Université). Son expertise réside dans l’analyse et l’interprétation des données génétiques pour apporter des réponses à des questions médicales.

Dans quel contexte s’inscrit votre projet ANDROMEDE ?

Les méningiomes sont les tumeurs cérébrales primitives les plus fréquentes. La plupart sont bénignes, mais elles peuvent être responsables de sévères handicaps. Depuis plusieurs années, un médicament hormonal a été mis en cause dans leur apparition : l’Androcur (acétate de cyprotérone). Ce traitement, utilisé chez l’homme pour traiter le cancer de la prostate, a été très largement prescrit en France chez les femmes comme cosmétique pour traiter la pilosité, mais aussi l’endométriose, ou même comme contraceptif. Or, les études ont montré que l’Androcur augmentait de vingt fois le risque de développer des méningiomes après plus de cinq ans de traitement. Face à cela, les autorités de santé ont restreint les prescriptions.

Pourquoi toutes les personnes exposées ne développent-elles pas la maladie ?

C’est la grande question ! Nous avons constaté que certaines patientes, après plusieurs années de traitement, n’avaient aucun méningiome, tandis que d’autres en développaient plusieurs, parfois très agressifs. Cela suggère que le risque n’est pas seulement lié au médicament, mais aussi à des facteurs individuels. Des cas familiaux observés confirment l’idée qu’il existe une prédisposition génétique. Autrement dit : l’Androcur agit comme un déclencheur, mais seules certaines personnes, génétiquement plus « vulnérables » (prédisposées), développent la tumeur.

Quel est donc l’objectif de votre projet ANDROMEDE ?

Notre objectif est d’identifier les facteurs génétiques qui augmentent le risque de méningiome après exposition à l’Androcur. Pour cela, nous allons comparer l’ADN de deux groupes : le premier, constitué de personnes exposées à l’Androcur ayant développé un méningiome, et le second, de personnes exposées mais indemnes. Ces comparaisons permettront d’identifier les variants génétiques qui augmentent le risque, puis d’étudier leur rôle biologique dans l’apparition des méningiomes.

Quelles sont les perspectives pour les patients ?

Elles sont triples : d’abord mieux comprendre les mécanismes biologiques par lesquels l’Androcur déclenche certains méningiomes ; ensuite, prédire le risque en mettant au point un test génétique pourrait aider à évaluer la sensibilité d’un patient avant toute prescription d’un traitement hormonal similaire ; enfin, en découvrant quelles voies cellulaires sont impliquées, nous pourrons trouver des médicaments ciblés, qui viendront compléter la chirurgie.

Un dernier mot pour les donateurs ?

Je souhaiterais remercier l’ARTC et ses donateurs du fond du coeur pour leur confiance et leur soutien. Je n’oublie pas non plus que j’ai été un ancien boursier de l’ARTC au début de ma carrière, et que cette association a été déterminante dans mon engagement dans la recherche sur les tumeurs cérébrales.

LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Diagnostiquer plus précocement les cancers du cerveau

Nébéwia Griffete est maîtresse de conférences en chimie à Sorbonne Université, au laboratoire PHENIX, où elle dirige l’équipe Colloïdes inorganiques. Membre junior de l’Institut universitaire de France, dans la chaire « Innovation », elle consacre ses recherches depuis plusieurs années au développement d de nanomatériaux pour la thérapie et le diagnostic du cancer.

Quel est l’objectif de votre projet ?

Nous visons à développer des nanoparticules magnétiques capables de cibler spécifiquement les cellules cancéreuses du cerveau. Ces particules, déjà utilisées comme agents de contraste en IRM, seront recouvertes d’un polymère à empreintes moléculaires : une sorte de système serrure-clé capable de reconnaître les molécules caractéristiques présentes à la surface des cellules tumorales. Une fois les nanoparticules fixées sur les cellules tumorales, elles permettront d’obtenir une imagerie beaucoup plus précise des tumeurs cérébrales.

Comment allez-vous procéder ?

La conception et l’optimisation des nanoparticules se feront au laboratoire PHENIX. Leurs performances ‒ ciblage des cellules cancéreuses et absence de toxicité ‒ seront testées au Centre de recherche Saint-Antoine (CRSA) dans le cadre d’une collaboration avec le Dr Michèle Sabbah. Enfin, les essais précliniques chez la souris et les acquisitions IRM seront réalisés à l’Institut du cerveau, grâce à l’équipe Gliotex-ARTC, pour vérifier leur efficacité dans un contexte proche de la clinique.

Quelles sont les perspectives pour les patients ?

Aujourd’hui, le diagnostic trop tardif des cancers du cerveau conduit à des traitements lourds et à un mauvais pronostic. Grâce à ces nanomatériaux innovants, nous espérons détecter plus tôt les tumeurs, offrir un diagnostic plus précis et permettre une prise en charge thérapeutique plus rapide. À terme, cette approche pourrait contribuer à augmenter la durée et la qualité de vie des patients.

LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Vaincre la résistance du glioblastome aux traitements

Ahmad Sharanek est chercheur à l’Inserm U1312 à Bordeaux. Ses recherches concernent les mécanismes biologiques qui favorisent la croissance des cellules de glioblastome et qui rendent ces tumeurs résistantes aux traitements actuels.

Quel est l’objectif de votre projet ?

Le glioblastome est la tumeur cérébrale la plus agressive, avec un pronostic qui reste sombre malgré la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. Notre projet vise à mieux comprendre le rôle d’une protéine appelée MCT1 dans le glioblastome. Cette protéine est bien connue pour son rôle traditionnel de transport de métabolites dans les cellules, et nous avons découvert que MCT1 favorisait aussi la croissance et la résistance des cellules tumorales aux traitements conventionnels (radiothérapie, chimiothérapie) par des mécanismes encore inconnus et indépendants de leur fonction de transport. Identifier ces fonctions cachées et apprendre à les cibler serait une piste prometteuse pour concevoir de nouveaux traitements plus efficaces contre le glioblastome.

Comment allez-vous procéder ?

Nous comparons des cellules tumorales avec et sans MCT1, et nous utilisons des versions de la protéine qui ne transportent plus le lactate (sel lactique) pour distinguer ses rôles traditionnels de ses rôles non traditionnels. Ces expériences combinent biologie cellulaire, analyses génétiques et l’utilisation de modèles animaux afin de reproduire au mieux le contexte du glioblastome chez l’humain.

Quelles sont les perspectives attendues pour les patients ?

Si nos recherches aboutissent, ce projet permettrait de développer de nouveaux traitements ciblant les fonctions oncogéniques de MCT1 et de surmonter la résistance des glioblastomes aux traitements.

L’ARTC soutiendra huit nouveaux projets de recherche en 2026

À la suite de son appel à subvention annuel 2025-2026, le Conseil d’administration de l’ARTC, réuni le 2 octobre 2026, a accordé un financement de 25 k€ à huit projets de recherche évalués par son conseil scientifique, dont deux émanent, comme chaque année, de l’ANOCEF (société savante nationale de neuro-oncologie) et du GOPA (réseau des laboratoires français de neurooncologie).

Les lauréats 2025 ainsi que les titres des projets figurent ci-dessous :

1 François Ducray pour l’ANOCEF

Création d’une base de données de

pathologie digitale des oligodendrogliomes

anaplasiques

2 Elias El Habr pour le groupe GOPA

Modélisation de l’impact des contraintes

mécaniques sur l’agressivité des GBM par

lévitation acoustique

3 Antonio Pagano-Zottola (Bordeaux)

Étude du récepteur cannabinoïde (mtCB1) associé

aux mitochondries dans le glioblastome

4 Alberto Picca (Paris)

Identification des mécanismes de résistance

des glioblastomes avec fusion FGFR3-TACC3

aux anti-FGFR

5 Francesca Branzoli (Paris)

Biomarqueurs IRM innovants pour le diagnostic et

évaluation de la réponse du traitement des gliomes

6 Delphine Poncet (Lyon)

Biopsies liquides, eccDNA, pour le

diagnostic des gliomes (BioLEGEND)

7 Anthony Lemarié (Toulouse)

Ciblage du métabolisme mitochondrial pour radiosensibiliser

les cellules souches de glioblastome

8 Gaëtan Ligat (Toulouse)

Peptides chargés dans des vésicules extracellulaires ou dans

des nanoparticules pour traiter le GBM lié au virus CMV

Reprogrammer les cellules de glioblastome en neurones

Christophe Heinrich est directeur de recherche au CNRS et chef d’équipe à l’Institut Cellules souches et cerveau à Lyon (INSERM U1208). Il étudie la reprogrammation cellulaire comme approche thérapeutique dans le glioblastome.

En quoi consiste la reprogrammation des cellules de glioblastome ?

Cette reprogrammation consiste à forcer une cellule à acquérir une nouvelle identité par une manipulation génétique. L’identité de la cellule d’origine se trouve ainsi effacée. Aussi, reprogrammer les cellules tumorales de glioblastome qui prolifèrent en neurones – cellules qui ne peuvent pas se multiplier – pourrait s’avérer une stratégie efficace pour effacer leur identité tumorale et ainsi réduire la croissance tumorale, mais également les risques de récidives.

Comment allez-vous procéder ?

À partir de cellules de glioblastome provenant de prélèvements tumoraux de patients opérés, ayant donné leur consentement pour leur utilisation à des fins de recherche, nous chercherons à transformer des cellules de glioblastome en neurones. Pour ce faire, nous activerons, dans les cellules tumorales, des gènes connus pour faire évoluer les cellules en neurones. En utilisant des techniques de pointe de séquençage qui permettent d’analyser l’ARN, nous pourrons déterminer si les cellules ainsi reprogrammées ont bien perdu leur identité tumorale d’origine et ont cessé de proliférer. Pour corroborer ces résultats, nous utiliserons également des prototypes expérimentaux de tumeurs qui se développent dans les trois dimensions permettant de reproduire au plus près l’ensemble des caractéristiques des tumeurs des patients, mais aussi l’environnement tumoral complexe dans lequel elles se développent.

Comment vérifierez-vous le potentiel thérapeutique de cette stratégie ?

Pour cela, nous grefferons des cellules tumorales dans le cerveau de souris, et nous induirons la conversion de ces cellules en neurones au sein même des tumeurs. Nous espérons démontrer que les neurones reprogrammés de cette façon perdront les caractéristiques des cellules tumorales dont ils sont issus, et permettront de réduire la croissance des tumeurs et d’augmenter la durée de vie des animaux. Ainsi, avec le soutien de l’ARTC, notre projet pourrait avoir des implications significatives et mettre en lumière une nouvelle stratégie thérapeutique pour les patients souffrant de glioblastome.

Une nouvelle imagerie pour améliorer le diagnostic et le traitement du glioblastome

Le Dr Francesca Branzoli dirige un groupe de travail dédié à l’imagerie des tumeurs cérébrales à l’Institut du cerveau (ICM). Son projet, soutenu par l’ARTC, utilise une nouvelle technique d’IRM appelée imagerie métabolique au deutérium (DMI).

Quel est l’objectif de votre projet de recherche ?

Le glioblastome produit l’énergie, dont il a besoin pour se développer, en métabolisant les sucres par un processus biochimique particulier générant des lactates. Cependant, des recherches récentes ont révélé qu’un sous-groupe minoritaire de glioblastomes utilise une voie métabolique différente, dépendante des mitochondries. Les mitochondries sont des structures intracellulaires capables de produire de l’énergie. Cette caractéristique pourrait rendre ces tumeurs plus sensibles à des traitements spécifiques qui cibleraient la fonction mitochondriale. Il est donc important d’identifier précocement ces glioblastomes particuliers.

Comment allez-vous procéder ?

Pour atteindre cet objectif, notre équipe a mis au point une nouvelle technique basée sur l’IRM, connue sous le nom d’imagerie métabolique au deutérium (DMI), pour étudier de façon non invasive le métabolisme des glioblastomes. Cette méthode innovante est dite « non invasive » car elle permet d’étudier le métabolisme des tumeurs sans avoir recours à la chirurgie pour recueillir du tissu tumoral.

En quoi consiste cette nouvelle IRM ? Le DMI consiste à faire boire aux patients une solution sucrée totalement inoffensive. Une fois diffusé dans l’organisme, le sucre va être capté préférentiellement dans la tumeur, car les cellules tumorales ont un métabolisme plus rapide que les tissus sains. La tumeur va ensuite transformer le sucre en énergie, et l’imagerie par IRM avancée va permettre de suivre ce processus. En analysant la façon dont la tumeur métabolise le sucre, le DMI permettra de déterminer si elle s’appuie davantage sur les mitochondries, ce qui entraîne un niveau plus élevé des acides aminés tels que la glutamine et le glutamate, ou si elle suit la voie métabolique classique, ce qui se traduit par un niveau plus élevé de lactate, comme le montre la figure :

Après avoir été consommé, le sucre s’accumule dans la tumeur et est converti en lactate (ce qui reflète un métabolisme classique) ou en glutamine/glutamate (ce qui reflète un métabolisme mitochondrial), selon le sous-type de la tumeur. Cela permet une classification précoce de la tumeur en fonction du métabolisme du sucre utilisé.

Par ailleurs, nous utiliserons une IRM très puissante de 7 Tesla (unité de mesure des champs magnétiques) récemment acquise à l’ICM, qui améliorera considérablement la précision de cette technique d’imagerie.

Quelles sont les perspectives ?

Le DMI pourrait permettre une détection plus précoce des sous-types de glioblastome et un traitement plus personnalisé et efficace basé sur le métabolisme de la tumeur. Il contribuerait également à un meilleur suivi de la réponse au traitement au fil du temps.

Un rôle des pesticides dans le glioblastome

Le projet CERVO, intitulé « Cancérogenèse et résistance aux traitements après exposition à des pesticides utilisés en viticulture dans les glioblastomes » et porté par Augustin Le Naour et l’équipe RADOPT du Centre de recherches en cancérologie de Toulouse, a reçu en 2024 un soutien de l’ARTC.

Pourquoi s’intéresser aux pesticides ?

Des facteurs environnementaux, tels que l’exposition aux pesticides, pourraient jouer un rôle dans l’apparition des glioblastomes. En 2021, une expertise collective menée par l’INSERM a mis en évidence un lien entre l’exposition aux pesticides et une augmentation du risque de développer un gliome, un type de tumeur cérébrale dont fait partie le glioblastome. Ce risque concerne aussi bien les enfants que les adultes, notamment les personnes travaillant dans l’agriculture ou vivant à proximité de zones d’épandage.

Les pesticides pourraient également interférer avec l’efficacité des traitements contre le glioblastome ?

En effet, au-delà de leur implication dans l’apparition des cancers, les pesticides pourraient également modifier la réponse des tumeurs aux traitements, en favorisant des mécanismes de résistance. Cela signifie que les cellules tumorales exposées aux pesticides pourraient être moins sensibles à la radiothérapie et à la chimiothérapie. Jusqu’à présent, aucune étude n’a ciblé précisément l’impact des pesticides dans la résistance des glioblastomes aux traitements standards. Or, comprendre ces mécanismes est essentiel pour améliorer la prise en charge des patients et proposer des traitements plus adaptés.

Comment allez-vous conduire votre recherche ?

Notre étude vise à analyser, en laboratoire, comment les pesticides peuvent influencer le développement et la résistance des cellules tumorales du glioblastome. Pour cela, nous allons :

  • exposer des cellules saines du cerveau et des cellules tumorales à des mélanges de pesticides représentatifs de ceux utilisés en viticulture ;
  • observer les effets toxiques de ces pesticides sur les cellules saines, notamment leur capacité à favoriser la transformation en cellules cancéreuses ;
  • tester si les cellules tumorales exposées aux pesticides réagissent différemment aux traitements standards associant la chimiothérapie (témozolomide) et la radiothérapie ;
  • identifier les mécanismes de résistance mis en place par les cellules tumorales exposées aux pesticides.

Quelles retombées pourrait-on attendre ?

Si nous parvenions à identifier des biomarqueurs d’exposition aux pesticides et de résistance aux traitements, il serait possible à l’avenir de mieux anticiper la réponse d’un patient au traitement standard. Cela pourrait ouvrir la voie à une médecine plus personnalisée, où les patients exposés aux pesticides pourraient bénéficier d’un traitement ajusté dès le départ, augmentant ainsi leurs chances de survie. Enfin, cette étude pourrait permettre d’explorer de nouvelles stratégies thérapeutiques en testant des molécules capables de contourner les mécanismes de résistance identifiés. Ce serait une avancée majeure dans la lutte contre cette maladie. Cette recherche constitue une première dans l’étude de l’impact des pesticides sur la réponse des glioblastomes aux traitements.

Hypothèses : l’exposition de cellules saines neurales à des pesticides entraine leur transformation en cellules tumorales. Ces cellules tumorales, exposées aux pesticides, résistent plus aux traitements par radiothérapie et chimiothérapie.

Les projets retenus pour financement 2024-2025

L’ARTC soutiendra financièrement, en 2025, neuf projets de recherche évalués par son conseil scientifique pour un total de 220 k€. Ces projets seront menés par des équipes de Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Rouen, et parrainés par les délégations régionales et le fonds Thomas Berthy. L’ARTC tient à poursuivre son soutien aux projets nationaux de l’ANOCEF (Association des neuro-oncologues d’expression française, société savante de neuro-oncologie) et du GOPA (réseau national des laboratoires de neuro-oncologie) en finançant deux de leurs projets structurants. L’association financera, également en 2025, deux bourses de fellowship de 23 k€ chacune pour les Dr José Angel Escamilla et Dr Anh Tu Do (dispositif qui consiste à offrir une formation à de jeunes cliniciens chercheurs étrangers).

Les projets retenus pour financement 2024-2025

Christophe Heinrich : Forcer la différenciation des cellules de glioblastomes en neurones post-mitotiques (Lyon).
Océane Martin : Caractériser le rôle des microbiotes bactériens dans la croissance et la résistance thérapeutique du glioblastome (Bordeaux).
Francesca Branzoli : Évaluation non invasive de métabolisme du glioblastome, par imagerie métabolique au deuterium sur IRM 7T (Paris).
Karim Labreche : Androcur et développement de méningiomes : une étude d’association génotype-environnement (Paris).
Emmanuelle Huillard et Hélène Castel : Modèles cérébroïdes pour la modélisation des étapes précoces de la gliomagenèse (Paris et Rouen pour le GOPA).
François Ducray : Améliorer le grading des oligodendrogliomes, une étude ANOCEF.
Augustin Le Naour : Cancérogenèse et résistance aux traitements après exposition à des pesticides utilisés en viticulture dans les glioblastomes (Toulouse).
Ahmad Sharanek : Explorer et cibler le rôle non conventionnel des transporteurs de monocarboxylates dans le glioblastome (Bordeaux).
Nébéwia Griffete : Améliorer le diagnostic du cancer du cerveau en augmentant le contraste en IRM (Paris).

GlioTex, projet de l’ARTC, reçoit du renfort des institutions académiques

L’équipe GlioTex, coordonnée par le Pr Idbaih et le Dr Verreault, a remporté cette année deux appels à financement venant l’un du ministère de la Santé et l’autre de l’ICM (Institut du cerveau), pour un montant total de 600 k€, afin de poursuivre ses recherches sur le rôle des hormones comme cible pour le traitement du glioblastome. L’ARTC accompagne GlioTex, centré sur la recherche thérapeutique contre le glioblastome depuis 2016, avec un soutien financier de 250 K€ en 2024. L’ARTC joue pleinement son rôle d’incubateur pour permettre à des projets novateurs de faire leurs preuves de concept, avant d’être relayés par des financements institutionnels importants. Bravo à l’équipe de GlioTex et aux docteurs Cristina Birzu et Elly Chaskis qui poursuivent leurs recherches.

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